22 mai 2015

En fait, je ne suis pas sûre qu’il y ait eu le “s’il vous plaît”. Loin de l’embarquement à la Gare du Nord ou des contrôles à l’aéroport, l’entrée du tunnel de Calais est à trois heures du matin loin des caméras. La nuit, le glauque règne ici pour tous ceux qui choisissent Eurolines pour rejoindre l’Angleterre-départ 22 heures 30 arrivée le lendemain matin à Victoria-ou pas.

Les chauffeurs parlent à peine français, la gare routière de Gallieni sent la misère, pas une machine à café, de rares sièges et aucune certitude de trouver son scooter le surlendemain. On est ici dans une parenthèse bien inconnue des magazines relayant désormais les informations pour les rares happy few qui les lisent encore, avec cette idée qu’il leur faut avant tout servir leurs annonceurs. Loin des croisières vantées dans les pages loisir et autres quatre étoiles recommandés, voilà juste un point de passage d’une  frontière à l’autre, la sortie de cet espace Shengen que l’Angleterre entend ne pas rejoindre.

Tel un talisman, chacun tient à la main son passeport, carnet de papier dérisoire mais sésame absolu sans lequel on n’est plus qu’un indésirable voir un sous-homme, à présenter deux fois, aux Français et aux Anglais. L’attente puis pour certains, une mise à l’écart sur un banc. Le car repartira sans eux. “Il y a trop d’immigration” me dit ma jeune voisine, froidement, avant de se replonger dans un guide Visit London. Au retour, c’est une voiture de police qui barrera la route de notre car tout juste sorti du ferry reliant Douvres à Calais. La police monte, une femme noire parlant un français parfait et que nous avions tous vus sur le ferry prendre son café est emmenée, sa valise déchargée. Personne ne semble mal à l’aise, ni y prêter attention. L’indifférence, ce mal absolu qui a déjà fait tant de victimes, autant de citoyens de “seconde zone”, semble avoir dans ce port Français, de beaux jours devant elle.

LM

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