21 mars 2017
Quatre “on” et une femme dans un bateau

Photo en couverture du Financial Times, audience record avec 10 millions de téléspectateurs -la seconde meilleure de la saison tous programmes confondus- ce premier débat de la présidentielle a fait le plein à un mois du premier tour de cette campagne qui, décidément, ne ressemble à aucune autre. On a parlé de la “Trumpisation” de celle -ci entre la vague bleu Marine et le populisme que cela englobe-pour la première fois de son histoire, la candidate du FN était invitée à débattre- et l’attaque en règle des médias classiques, court-circuités par les médias sociaux et autres sites des candidats (on vous en reparlera en Une). Reste que l’écran TV reste la référence et a offert hier un lieu d’échanges que le tribun Mélenchon a parsemé de saillies savoureuses. Ah, qu’il était en forme évoquant des “pudeurs de gazelle” quant aux affaires judiciaires qui ont englué Fillon- bien long au démarrage- et dans une moindre mesure Marine Le Pen, qui l’a taclé direct “franchement, (pour vous autres) ça pourrait venir”; il fut en tous cas bien le seul à évoquer les affaires de quoi se demander s’il y avait un pacte de non agression entre eux dans les commentaires de ce matin.

Au “clashomètre” de l’Obs, Marine Le Pen est arrivée en tête, traitée de “droguée aux faits divers” par Hamon tandis que Les Echos de ce matin publiait un article pour affirmer que quelque soit le gagnant de la présidentielle, “les événements empêcheraient le vainqueur de pouvoir appliquer son programme avec l’idée que ce n’était plus le programme mais les valeurs qui pouvaient s’imposer”. Bref, une fois encore, les promesses n’engagent que ceux qui les font…

Grandes absentes, la culture et l’écologie

“Vous avez tenu jusqu’au bout ? “- le débat a duré trois heures et demis’amuse Patrick Cohen, le passeur de plat de la matinale d’Inter-au passage allumé par un auditeur sur la pollution des réclames qui entrecoupent celle-ci et des sondages “ne manquant pas d’induire des choix tactiques “que Mélenchon voudrait interdire deux mois avant le premier tour .  La “poil à gratter belge”,  Charline Vanhoenacker s’est également esclaffée sur la place de la culture dans le débat qui ne fut présente qu’à travers “une pub pour les Enfoirés et l’annonce par Gilles Bouleau, le co-présentateur de la soirée, de la suite des programmes avec deux épisodes de New York Unité Section…”

Mais alors, ce débat qu’en retenir? L’éducation puis l’insécurité ouvrent le bal, Marine Le Pen rappelant son souhait de supprimer les allocations aux coupables de crimes, Macron de renforcer les frontières en “accueillant”, Mélenchon que l’emprisonnement créait deux fois plus de récidives, sachant que “vous pouvez inventer n’importe quoi, il y en a toujours un qui passera” et Hamon que la proportion d’étrangers en France était stable depuis les années 30, indiquant qu’avec le réchauffement climatique, il fallait s’attendre à un milliard de migrants, dont aujourd’hui seul quatre sur cent choisissent l’Europe. “Nous n’avons plus rien à leur offrir; ils viennent pour ne pas travailler en gagnant cinq fois plus que dans leur pays” s’esclaffe Marine Le Pen.

Fillon, un démarrage long comme un diesel

Le ton est donné face à Fillon silencieux qui botte en touche lorsque est évoqué la laïcité en demandant si “le débat est entre deux?” lorsque Mélenchon et Le Pen croisent le fer. Ses traits sont tirés, il semble sonné. Macron et Hamon s’appuyant sur l’influence néfaste des lobbys argumentent ensuite sur la moralisation de la vie politique avec Mélenchon qui ironise: “On voit bien qu’il y a un  débat au PS!”. La salle rit; “Je crois bien que c’est encore pour moi” plaisante Macron qui semble à ce stade du débat chercher avant tout la crédibilité. L’écologie est vite évacuée avec le nucléaire avant une coupure pub entre réclame pour banque, voiture et serviettes hygiéniques.

Retour sur les 35 heures avec Fillon contre les accords de branche; Macron l’attaque sur son bilan de Premier ministre tandis qu’Hamon revient sur son revenu universel pour compléter les “demi revenus” comme les retraités et les agriculteurs qui rappelons-le  était déjà évoqué dans le texte fondateur de la Résistance en 1943, prêchant pour les 32 heures et le programme économique que lui a inspiré l’économiste star Thomas Piketty. Marine Le Pen débute alors quant à elle un discours pour élargir sa base, sûre de celle-ci et allant chercher les électeurs de gauche avec un discours qui rappelle le PC. “Un petit coup à gauche, un petit coup à droite”, Macron est attaqué sur sa ligne directrice tandis que Le Pen et Mélenchon sont décrits malicieusement comme “d’accord entre eux” sur la fiscalité par Gilles Bouleau. Fillon attaque alors; “La vraie serial killer du pouvoir d’achat c’est Madame Le Pen!”Retraite, santé- “On soigne bien mais on prévient mal” glisse Macron tandis que Marine Le Pen raconte “qu’elle aurait pu ouvrir une pharmacie avec tous les médicaments qu’elle a accumulé avec ses trois filles”. “De la caricature” s’agace Fillon.

Une politique internationale pour quelles frontières?

L’heure tourne, on passe enfin à l’international avec Marine le Pen qui affirme “avoir aimé Chirac quand il a dit non à intervention en Irak”, flattant au passage les militaires dans une armée “qui est à l’os”. Mélanchon, lui s’enflamme en lançant qu’il veut être “le président de la paix de l’Atlantique à l’Oural”, une envolée tempérée par Hamon qui lui demande “quelles sont les frontières?” Fillon réaffirme, lui,  son souhait que les peuples disposent d’eux-mêmes; on passe au terrorisme, Mélenchon se voit offrir la parole-“Pourquoi moi?” s’étonne -t’il. Sur la sortie de l’Europe, Marine Le Pen tente de rassurer: “Je ne ferai rien contre votre volonté”, rappelant son souhait de référendum sur la question face à Mélenchon qui précise qu’à 65 ans, il “n’organise pas sa carrière”. Minuit a passé, l’heure est aux conclusions avec Macron qui s’adresse aux frança”vis”: “Vous n’êtes pas le problème”en expliquant “vouloir rompre le tic-tac entre droite et gauche pour que la France redevienne une chance pour chacun.” Clap de fin, rendez-vous pour le prochain débat, cette fois avec les petits candidats dont les favoris, Macron, Le Pen et Fillon ont regretté l’absence…Let’s see au prochain numéro donc.

Par Laetitia Monsacré

 

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