20 novembre 2016
Macron, président ?

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Il a franchi le Rubicon se décidant à y aller contre toute logique. Emmanuel Macron croit en son étoile, en son destin, en sa capacité à incarner un renouveau. Il croit en lui. Oui sans aucun doute le flamboyant ex-banquier, ex-secrétaire adjoint de l’Elysée, ex-ministre de l’économie et des finances a une confiance immense en lui. Soyons clair tout ceci – sa candidature, sa dénonciation des blocages français, son refus d’être enfermé à gauche et à droite – n’est en un sens qu’une démonstration éclatante d’un égocentrisme poussé à l’extrême.

Bobigny, un faux symbole ?

Se déclarer en banlieue, là dans ces quartiers sensibles, abandonnés de la République. Ses communicants lui ont certainement assuré que ça ferait « peuple », que ça enverrait un bon signal, lui dont le personnage est si souvent réduit à l’argent, au pouvoir, à l’élite. Alors allons-y les gars pour un garage en banlieue ! Et le voilà, propret, tiré à quatre épingles dans un costard parfaitement coupé – il a du suivre son propre conseil et bosser pour se le payer – sur un fond bleu, avec un drapeau français et européen à ses côtés. Bref un décor très présidentiel. Mais un décor sans âme, froid, passe-partout. Un pupitre sur lequel est inscrit « Déclaration d’Emmanuel Macron » comme s’il fallait souligner encore plus l’aspect essentiel de ce jour. Nous assistons à une déclaration quasi christique. Il nous parle, il nous fait l’honneur de nous parler, il vient vers nous pour nous sauver. Enfin, il propose de nous sauver. A nous de le saisir, à nous de le suivre, à nous de nous mettre en marche derrière lui. Tel un gourou dont la devise est inscrite derrière lui : Rejoignez-nous. En marche !

Déclaration sans fond

A la fois sérieux et jouisseur de ses propres paroles, il déclame d’une voix monocorde son discours. Pêle-mêle, la célébration du progrès, du numérique, de l’école, de la culture, de l’émancipation, du talent, du travail et de l’effort. Que des belles paroles ! Il fait le constat d’une France déprimée, divisée, à la remorque de l’Europe. Il fait le constat d’une France bloquée par les corporatismes de tous ordres, par les tactiques politiciennes, par les appareils politiques. Il fait le constat d’une France qui n’est plus à la hauteur de sa promesse. Quid de ses presque cinq années passées aux côtés de François Hollande ? N’est-il pas lui aussi responsable de ces blocages et de cette déprime profonde ? Il s’en dédouane en affirmant qu’il a vu de l’intérieur les impossibilités, les empêchements, les contraintes. Il a vu de l’intérieur combien le système était brisé. Alors il se propose de tout changer. Il ne dit pas comment mais il affirme haut et clair qu’il détient les solutions. Que lui saura faire ce que les autres refusent de faire ou n’ont pas le courage d’entreprendre. Bref, voici le messie ! Alors à bas la fidélité, à bas la reconnaissance, vive moi ! Il se veut lucide, guidant les français vers un avenir meilleur. Hors du champ de la politique avec un petit « p ». Il vaut mieux que les combines de couloir. Pourtant n’est-il pas un bel exemple d’apparatchik ? Il refuse la vacuité du système politique sans se rendre compte qu’il en est le symptôme ou une création. Il parle de lui, rien que de lui.

Une aventure personnelle

Finalement au bout de presque vingt minutes de déclaration qu’y a-t-il d’autre à retenir que la mise en scène de lui-même ? Alors oui c’est beau, c’est classe, c’est lisse, c’est bien emballé mais sous des aspects attirants il n’est que l’exemple d’une autre forme de populisme. Certes moins violent, moins décapant mais peut-être plus dangereux car le manque de fond permet toutes les promesses ! Social libéral ou libéral social, peu importe le nom ou l’étiquette, il n’en a cure. Le « macronisme » n’est pas une idéologie. C’est à la fois un pragmatisme, un progressisme et un réformisme. Mais pour aller où ? Avec qui ? Et pour quel résultat ? Embêter la droite à quatre jours du premier tour de sa primaire et affaiblir Juppé ? Torpiller définitivement Hollande et Valls ? A force de n’être ni de droite ni de gauche, libre, éthéré, sans prise avec le réel, Emmanuel Macron risque de courir dans tous les sens comme un canard sans tête. Avec quel résultat? Un maigre 12 ou 15% au premier tour de la présidentielle et une gauche absente du second tour ?

Certes l’élimination de la gauche ne sera pas que de sa faute mais les épées sont déjà prêtes à être sorties des fourreaux. Avant que d’aller plus loin dans son chemin, Emmanuel Macron devrait se souvenir et méditer cette phrase du Général de Gaulle : « L’ambition individuelle est une passion enfantine ».

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs