18 mars 2017
Asselineau, aux frontières du réel

 

Fillon et ses costumes, Macron et ses élucubrations à Las Vegas, Mélenchon et sa marche, Hamon et son Bercy, Marine et ses casseroles, un débat à cinq lundi soir – au mépris de la plus élémentaire équité, mais bon c’est TF1 qui régale donc la première chaine fait à peu près ce qu’elle veut – nous voilà donc arrivés à un tout petit mois du premier tour. La liste définitive des candidats sera bientôt connue, les débats de premier tour, pour la première fois, vont s’enchaîner et les trente jours qui nous séparent du verdict vont filer à toute vitesse. On entame donc la dernière étape. En sport on parlerait de money time. Tout va se jouer, se figer, se déplacer dans cette courte période. Et tous les candidats le savent. Ils vont rivaliser de puissance, d’arguments et de phrases chocs pour imprimer leur marque, tenter de grimper dans les intentions de votes, asseoir leur avance ou pour certains espérer en un destin présidentiel qui à coup sur se refuse à eux. Alors les voilà tous en scène : François Fillon, Marine Le Pen, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Nicolas Dupont- Aignan, Nathalie Arthaud, reste une incertitude concernant Philippe Poutou et Jean Lassalle. Mais la présence la plus inattendue est bien celle de François Asselineau, candidat inconnu de l’Union Populaire Républicaine.

“La vérité est ailleurs”

Le griffon ne recule devant rien pour vous apporter, chers lecteurs, un regard le plus complet possible sur cette étrange campagne présidentielle. Alors le voilà parti mardi soir dernier à Aubervilliers pour une conférence de presse et le premier meeting de ce candidat surprise. Attachez vos ceintures, on part pour la quatrième dimension ! Sans doute, ceux qui ont déjà navigué sur le dark net ou au travers de sites conspirationnistes ont-ils déjà ressenti cette sensation étrange de basculer dans une sorte de paranoïa. Le service d’ordre, nombreux, une vingtaine de men in black à la mine sérieuse et soupçonneuse ont accompagné le petit groupe de journalistes qui s’étaient déplacés pour écouter ce gourou improbable. Une bande de jeunes gens dont il est difficile de déterminer à la fois l’âge, la profession, le milieu et les accointances idéologiques assuraient eux aussi à la fois l’accueil de la presse et des militants et chauffaient une salle qui n’était pas pleine mais qui devait bien contenir un bon millier de militants. Militants fanatisés, certains de détenir la vérité. Celle que les grands médias cachent. Celle que le système se refuse à dévoiler. Bref le ton était donné dès les premiers instants : on nous ment, on nous maintient dans l’ignorance, on veut faire de nous des jolis moutons dociles et obéissants.

Les grands méchants loups de de Bruxelles

La ferveur était là. Celle des initiés. Car c’est bien ainsi que la salle semblait se définir. Les militants de l’UPR, eux, détiennent la vérité et se sont affranchis des mensonges d’Etat, de la tutelle des médias, de la tutelle d’une presse organisée pour le profit du plus petit nombre. L’Europe est coupable, l’euro est coupable, l’OTAN est une aberration, les Etats-Unis doivent être rejetés et dénoncés, il faut mettre à bas l’oligarchie mondialiste, le sérail qui se protège et l’entre-soi qui ne travaille qu’à sa propre survie. On réclame une France indépendante, une France souveraine, une France libre. Et le prédicateur, transpirant, d’en remettre une couche sur le mensonge des élites, des autres candidats et des puissants, sur le fait qu’il soit le seul libre et le seul capable de sauver la France des griffes d’une Union Européenne comparée sans mesure aucune à l’Union Soviétique. Les grands méchants loups de Bruxelles obéissent aux lobbies, ils ont pour mission de désintégrer l’identité française, ils ont pour volonté de faire disparaître le peuple français dans un aggloméré de peuplades régionales qui n’auraient plus aucun liens charnels et historiques et qui seraient soumises à un capitalisme victorieux et indécent. Il y a un projet majeur, supérieur, caché qui a pour but de nous annihiler en tant que peuples et les femmes et les hommes présents à ce meeting ont pour ambition de lutter contre ce désastre. La droite est vendue, la gauche est vendue, l’extrême-droite – à laquelle ils refusent d’être assimilés –, l’extrême-gauche, tous dans le même panier, des fossoyeurs de destins et des mercenaires à la solde des puissances d’argent et des grands manitous internationalistes à la solde du gouvernement américain qui ne désirent qu’une chose réduire la France à une entité négligeable.

Une candidature de résistance

La résistance est ici ! On a l’impression que les militants et leur grand sachem illuminé se croient en 1940. L’envahisseur étranger est partout, la France n’est plus maitresse de son destin il nous faut entrer en résistance. Les jeunes donnent de la voie, les drapeaux tricolores s’agitent, les « Asselineau Président » fusent. Ils ont le sentiment de défendre la juste cause. Ils ont la certitude de ne plus appartenir à la majorité des français. Non, eux sont libres, ils ne sont plus bernés, ils ont compris qu’on leur mentait. Toute cette dialectique conspirationniste qui fleure bon le complot a quelque chose d’inquiétant. D’inquiétant mais aussi d’excitant pour ces jeunes bien propres sur eux à qui l’UPR et ses idées permettent sans doute d’assouvir leurs penchants soupçonneux et paranoïaques tout en se gardant d’entraver leur propre probité en se liant à des chantres de la théorie du complot bien moins présentables. Car le côté sulfureux et sauveur de François Asselineau est à remettre en cause. Cet homme qui se veut libre, sans compte à rendre à aucun parti, sans compte à rendre à aucune banque, car il est dit- il, sans préciser outre mesure, fiancé seulement par des dons privés et sans allégeance aucune, n’est pas un inconnu et a fait partie du sérail qu’il dénonce. Ancien membre du RPR, ancien conseiller de Paris, nommé au poste de délégué général à l’intelligence économique au ministère des finances par Nicolas Sarkozy, il est loin d’être un inconnu, d’être un homme sans lien et sans connexion.

Du coup on en devient nous mêmes soupçonneux. A qui profite sa candidature ? Qui dessert- elle ? A force de voir de la manipulation partout on se prend au jeu et on ressort de cette aventure comme après n’importe quel mauvais film de science fiction : mi effrayé, mi vaseux et puis quelques minutes plus tard on se marre de tant d’inanité !

Par Ghislain Graziani

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