11 mars 2017
Le « New Deal » de Benoît Hamon

L’ambiance était studieuse ce matin lors de la présentation à la presse du grand dessein européen de Benoît Hamon. 11 heures du matin, Maison de l’Europe-ça ne s’invente pas-  le candidat socialiste à la traîne dans les sondages et lâché de toutes parts tente de reprendre la main. Il ne serait pas bon de se laisser trop distancé dans les sondages. Il ne faudrait surtout pas prendre le risque que Jean-Luc Mélenchon puisse lui passer devant au soir du premier tour. Car, aux dernières nouvelles, seul un petit point et demi les sépare, autant dire que rien n’est joué pour la quatrième place et pour le futur leadership à la gauche de la gauche. Chaque action est donc devenue capitale pour Benoît Hamon, a fortiori avec les médias. Débute ainsi une séquence reconquête sur France 2, l’Europe ce matin avec le sérail de la presse politique avant le grand meeting de Bercy dimanche 19 mars. Séquence crédibilisation aussi. Histoire de ne pas rester dans les mémoires comme un simple candidat de témoignage. Histoire aussi, une fois encore, de s’assurer une place dans les futures tactiques post présidentielles.

Un candidat mal à l’aise

Le candidat socialiste ménage son entrée. Les photographes dans la cour et au balcon l’interpellent afin de saisir son meilleur profil. Dans la salle, les journalistes bruissent d’autres rumeurs. Les déclarations de Hollande à Bruxelles qui semblent contredire le projet européen de Benoît Hamon, les défections qui s’accumulent, les soutiens critiques et le manque d’enthousiasme d’une campagne qui avait pourtant démarrer dans un bon souffle. Tous évoquent aussi sa performance de la vieille sur France 2. « Alors t’en as pensé quoi de lui hier soir ? Tu l’as trouvé comment ? ». « Il a mis du temps à démarrer mais il a été bon dès qu’il a eu un politique en face de lui ». « En tout cas il avait bien préparé ses fiches, ses remarques, ses attaques, ses piques ». Jugements professionnels sur une émission politique qui n’aura suscité aucun enthousiasme. D’ailleurs lorsque Benoît Hamon pénètre dans la salle, suivi par un cortège de photographes et de caméras, sa mine pâlichonne et son regard renfrogné semblent indiquer qu’il a eu le temps de s’informer de sa piètre performance. 2,2 millions de téléspectateurs et à peine un peu plus de 10% de parts de marché, il y a surement de meilleures façons de commencer une journée.

Non décidément, sa candidature n’imprime pas. Il a l’air de le savoir. Usant d’un langage aseptisé, jouant sur des valeurs aussi admirables que vides si elles ne sont pas soutenues par un projet fort et réaliste, il s’amuse avec ses lunettes, jouant à la fois au professeur sérieux prônant la fin de l’austérité et une meilleure intégration européenne et au petit tribun de gauche, habitué aux envolées sur les estrades, pourfendeur du libéralisme et des nationaux-populistes. Il récuse l’idée d’être un recours ou un homme providentiel. Il a l’air mal à l’aise parce que le costume de Président est bien grand. Parce qu’il sait déjà qu’il ne l’endossera pas cette fois-ci. Il semble presque s’excuser d’être là. Presque s’excuser de devoir faire des choix.

Imposer, non. Dialoguer, oui.

Alors qu’il présente brièvement son grand projet de traité de démocratisation de la gouvernance de la zone euro, rajoutant une énième strate dans les complexes jeux de pouvoir de Bruxelles et Francfort, il lâche une petite phrase pleine de sens et révélatrice de son manque de conviction : « Je ne l’annonce pas comme LA solution ». Non, il se refuse à être celui qui imposerait quoi que ce soit. Il se veut poli, gentil, dans le dialogue. Il semble oublier que des négociations au niveau européen, à propos de l’euro, de la dette, du pacte de stabilité, sont autant de jeux de pouvoir et d’influence qu’il faut savoir mener avec opiniâtreté, décision, courage et fermeté. Quitte à hausser le ton et à refuser le dialogue. Mais Benoit Hamon nous vend son grand projet avec une attitude presque attentiste voire bien légère. Tablant sur la raison et la cohésion que pourrait susciter son nouveau traité, il nous vend les réunions de l’Eurogroupe comme des assemblées de copropriétaires devant choisir si oui ou non il est nécessaire de procéder à un ravalement de la façade. C’est bien peu et c’est bien faible. Et puis il parle d’espérance, d’ambition généreuse, de « New Deal » européen et de futur désirable. Des belles phrases. De beaux slogans mais qui trahissent sa solitude. Son traité, ses propositions en matière d’énergie et ses choix européens en matière de défense semblent être le résultat de petits conciliabules dans son bureau avec ses soutiens et ses conseillers. Mais jamais il n’est question d’une quelconque discussion déjà commencée avec d’autres dirigeants politiques européens. Il espère en leur volonté de réforme mais il n’est sur de rien. Antonio Costa le portugais, ne s’est pas mouillé. Martin Schulz l’allemand, n’est pas encore élu et devra batailler sec contre Angela Merkel et pour imposer aux membres du SPD une alliance avec Die Linke. Bref, c’est joli, c’est bien ficelé mais ça manque de réalisme. Encore une belle initiative mort-née.

La solitude d’un homme

Comme il faut bien qu’il en impose un peu, il avait rameuté quelques soutiens dont Isabelle Thomas, députée européenne et permanente du PS et Thomas Piketty économiste de renom et conseiller au traité budgétaire européen. Des valeurs sûres, des personnages engagés et sérieux mais qui ne peuvent, à eux seuls et malgré leurs qualités, pallier au manque de ténors et de poids lourds. La campagne prend l’eau et même s’il semble s’en moquer, lorsque la question lui est posée indirectement, il faut le voir se draper d’une sévérité morale qui démontre combien l’homme sait qu’il ne fait pas l’unanimité dans son propre camp. Bertrand Delanoë et bien d’autres ont fui chez Macron. L’aile droite du PS prépare un texte de ralliement, comme les 43 de 1974 qui sous l’impulsion de Chirac avaient trahi Chaban pour VGE. Et la liste risque de s’allonger. Ségolène Royal, Jean-Marc Ayrault et compagnie pourraient très bientôt rejoindre le navire Macron. Pourquoi pas même François Hollande. Ce serait alors le coup de grâce pour Benoît Hamon. Même si la parole présidentielle est largement discréditée, il n’en reste pas moins qu’une défection de François Hollande serait une épreuve presque insurmontable.

La séance aura duré un peu plus d’une heure. Tout juste. Une déclaration liminaire, quelques questions des journalistes et hop, le candidat s’éclipse. Visiblement résigné. Visiblement conscient du grand gâchis qui s’annonce. Ah si seulement la gauche pouvait se parler. Si seulement ils étaient prêts à sortir des cadres partisans et à se libérer des carcans d’appareil. Alors la gauche aurait peut-être une chance et Benoît Hamon le sourire. En attendant la défaite est actée et ses propositions pour l’Europe resteront lettre morte. Quel métier de chien que la politique. S’évertuer à imaginer demain alors que soi-même on n’a pas d’avenir !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs