15 mai 2017
Edouard Philippe, le pari d’Emmanuel Macron

Le vieux roi Hollande est parti, vive le roi Macron ! Le regretté Jacques Pilhan, communicant en chef de François Mitterrand puis de Jacques Chirac, n’aurait pas fait mieux. Le storytelling de cette journée d’investiture a été parfaitement exécuté. Pas une faute de goût, pas un impair, pas une seule indélicatesse, pas un faux pli, non, tout était parfait. Trop parfait ? L’installation d’Emmanuel Macron comme huitième Président de la Vème République restera comme le jour où l’art de la communication politique s’est approché du chef d’œuvre. Images léchées pour le papier glacé des magazines, costume impeccable de chef des armées, discours axés sur la jeunesse, l’engagement et le modernisme, gestes de tendresse savamment distillés, visite aux soldats blessés, célébration de l’âme de la France au travers de la force de résilience des parisiens, démarche calme, royale et tempo présidentiel. Cette mise en scène pleine de majesté et de gravité avait pour but de donner à Emmanuel Macron une densité, une épaisseur, une solennité. Fini le temps du Président normal, retour à la conception originelle de la Vème République, à une conception gaullo-mitterrandienne. De la hauteur et de la distance. Le roi est bien jeune mais il est roi !

Dynamiter la vie politique

Après les couacs des investitures pour les législatives qui ont donné de la République en Marche l’image d’un parti balbutiant mais aussi sectaire et presque méprisant, il fallait au nouveau Président de la République réussir son intronisation. Les récalcitrants à la François Bayrou ont été contentés, les accords d’appareil hors d’âge et pas vraiment modernes ont été réfutés, les vieux briscards à la Manuel Valls ont été humiliés, la tambouille et les conciliabules secrets n’ont pas fait recette et ont installé dans l’opinion le sentiment d’une phase de transition mal préparée et l’image d’un parti volontairement clivant prêt à dézinguer tout ceux qui ne marcheraient – c’est le cas de le dire – au pas ! Mais le modernisme s’accommodera de ces chicayas après tout le Président et ses acolytes veulent dynamiter la vie politique française ! Dynamiter la gauche, faire imploser la droite, bannir les vieux clivages, réinventer la vie politique française et faire le pari d’une force centrale, libérale, européenne et humaniste voilà le programme du nouveau Président de la République. Tout au long de sa campagne Emmanuel Macron s’est évertué à expliquer que les vieilles recettes politiques et les oppositions stériles sont responsables de l’état inquiétant de la société française. Place au modernisme, au progressisme, aux idées nouvelles, aux majorités nouvelles, au travail en commun pour trouver des solutions aux problèmes immenses qui bloquent et asphyxient notre pays. Emmanuel Macron poursuit le vieux rêve giscardien de réunir deux tiers des français plutôt que de les voir toujours s’opposer face à face, bloc contre bloc, camp contre camp. La nomination d’Edouard Philippe à Matignon marque la première étape de la recomposition politique qu’ambitionne le nouveau locataire de l’Elysée. Emmanuel Macron fait le pari d’un ralliement d’une partie de la droite – la droite juppéiste – pour construire avec les centristes et les socialistes « raisonnables » une majorité de rassemblement. Pari risqué ?

Macron jupitérien

Emmanuel Macron prend le risque de réinventer la IVème République avec ses majorités instables, ses votes de défiance et sa faiblesse intrinsèque. Alors que le roi se veut jupitérien, maître des horloges, au-dessus de la mêlée, le rôle qu’il donne à son premier Premier ministre est immense. Tout comme la tâche qui l’attend. Edouard Philippe, courageux dans son choix – mais peut-on refuser Matignon ? – n’arrivera sans doute pas seul et la composition du gouvernement qui sera annoncée demain révèlera sans doute jusqu’à quel point le Président de la République a su convaincre des femmes et des hommes de droite de le rejoindre. Une grande partie de la gauche de gouvernement étant déjà à ses côtés, il lui fallait se créer un pôle plus libéral, c’est désormais chose faite. Edouard Philippe saura-t-il rassembler ? Aura-t-il su répondre aux interrogations de ses pairs de droite ? Emmanuel Macron tout jupitérien qu’il soit n’a-t-il pas pris le risque d’apparaître pour un libéral plutôt que pour un homme de progrès ? Ces concepts, agités durant toute la campagne, sont flous et atteignent déjà leurs limites. Progressisme, modernisme, mots faciles qui recouvrent tant d’espaces et de définitions et qui risquent de plonger les français dans la confusion à quatre semaines des législatives.

Qu’arrivera-t-il demain ? NKM, Bruno Le Maire et d’autres seront-ils ministres ? Nous acheminons-nous vers une sorte de cohabitation ? Vers un gouvernement d’unité nationale, ce gouvernement que Jacques Chirac au lendemain de sa victoire face à Jean-Marie Le Pen s’était refusé à constituer ? Une seule chose est certaine, Emmanuel Macron est doué, très doué. Deux jours à peine après son installation à L’Elysée il transforme en profondeur le paysage politique et se révèle être un maître du jeu très sérieux. Il va simplement falloir apprendre à être ponctuel. En attendant, ce soir, alors que la sphère politique bruisse et se retrouve chamboulée, Emmanuel Macron est à Berlin, chef de l’Etat pour discuter d’Europe. L’ère macronnienne est en marche !

Par Ghislain Graziani

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs