14 janvier 2017
Un jeudi soir avec Montebourg

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Pour ce premier débat de la primaire de la gauche, débat attendu sans grande passion, quoi de mieux que de se frotter au terrain aux côtés des militants socialistes qui croient encore aux chances de leurs champions respectifs et à celles de la gauche ! Jim a choisi de jouer son griffon plus ou moins embeded avec les soutiens de Montebourg réunis sur une péniche. Quoi de mieux en effet qu’un bateau qui tangue pour symboliser avec ironie et cruauté une gauche qui prend l’eau de toute part !

Terne ambiance

Après les jeunes avec Alain Juppé, voici les jeunes avec Arnaud! Réunis pour suivre la performance de celui que les sondages annoncent comme un des possibles challengers de Manuel Valls au second tour, une petite centaine de militants à la mine assez peu enjouée étaient prêts à relayer la bonne parole de leur héros sur les réseaux sociaux. Oui, fini le temps où une campagne se gagnait sur le terrain, désormais même la politique est digitalisée. Ce manque d’incarnation est un symbole bien cruel de la situation actuelle de la gauche. A peine le générique terminé, le vide et l’ennui sont venus démontrer à quel point les candidats de cette primaire étaient hors-sol, insaisissables, déconnectés, désincarnés. Au delà d’un méli- mélo de ressentiments et d’accusations sur toutes les mauvaises mesures qui ont été prises sous le quinquennat de François Hollande – qu’ils ont, soit dit en passant tous soutenus à un moment ou un autre et ce aux plus hauts postes – ce à quoi nous avons assisté hier soir ressemblait plus à une distribution gratuite de chèques en blanc et de promesses intenables qu’à un véritable débat de fond basé sur une approche solide de l’état des finances publiques et des aspirations de la société française ! Quel manque d’honnêteté ! Comment promettre des milliards et des milliards alors que les caisses sont vides ? Comment promettre la fin de l’austérité alors que le pouvoir décisionnaire n’est plus entre leurs mains? Comment promettre des baisses d’impôts alors que les classes moyennes ont été matraquées pendant cinq ans ? Comment promettre de tout changer, de tout réinventer, de construire une société plus écologique, plus fraternelle, meilleure en somme pour les générations futures, alors qu’installés au pouvoir ils n’ont rien fait ? Plane alors sur le plateau du débat mais aussi dans cette péniche un silence pesant. Comme si tous se rendaient compte que cette agitation médiatique comptait pour du beurre, n’était pas utile, n’avait aucune espèce d’importance. A les écouter promettre autant et renier avec ferveur un Président de la République appartenant pourtant à leur camp, on était saisi par le sentiment d’assister à un débat d’opposants. Comme si la primaire de la gauche était en réalité la dénonciation masochiste de leur propre politique !

A quelle gauche appartiennent-ils ?

Il existe donc une opposition de droite avec François Fillon, dépeint en grand méchant loup libéral aux ordres de Moscou, une opposition d’extrême droite avec Marine Le Pen, assimilée à une fanatique fascisante elle aussi aux ordres du Kremlin, et, magie de la politique, une opposition de gauche avec ces sept candidats qui décrivent les cinq dernières années comme un long renoncement fait d’incompréhension, de mesures en demi-teinte et inachevées ! En optant pour cette posture ils s’opposent à eux-mêmes et non sans un certain mépris nous prennent pour des gogos ! L’ambiance était terne, tendue, résignée ! Tous ces militants savent bien que c’est un barouf pour rien. Manuel Valls l’a affirmé dès la première minute, la gauche, pour l’instant n’est pas au second tour. La gauche, mais quelle gauche ? Emmanuel Macron, contre toute logique pourrait bien s’y installer. La gauche pourrait bien être au second tour, même pourquoi pas, dans les prospectives les plus folles avec Jean-Luc Mélenchon. La gauche peut être au second tour, mais ce ne sera pas cette gauche là ! Pas celle qui a débattu ce jeudi soir. Pas celle qui, engoncée dans ses illusions idéologiques, a perdu, pour longtemps, le contact avec le peuple. Ils le savent ces militants qui malgré quelques applaudissements ont suivi ce débat avec inquiétude. Non ce n’était pas un débat mais une oraison funèbre. Celle de toutes les belles intentions, celle de toutes les espérances brisées, celle de tous les abandons !

Une capitulation idéologique

Une mesure en particulier révèle combien cette gauche a déposé les armes et refuse de se battre. Le revenu universel est le symbole, cruel encore, de la capitulation idéologique de la gauche progressiste à la française. Cette mesure prônée entre autres par Benoît Hamon installe l’idée que le travail n’est plus nécessaire. Quelle rupture ! Le travail, depuis toujours, permet à l’homme de bâtir son projet de vie, de s’élever, de structurer son existence. Il lui permet d’une certaine façon de s’affranchir de sa condition de départ. Avec cette mesure, est affirmé haut et fort que le travail n’est plus nécessaire et que l’Etat vous prend en charge. Où est donc la liberté individuelle ? Où est donc la responsabilité individuelle ? Avec cette mesure, c’est reconnaître qu’il n’y a plus de travail, que les entreprises n’embaucheront plus, c’est en un sens institutionnaliser l’inactivité ! C’est soustraire la liberté que procure le travail à une sorte de tutelle étatique. C’est installer les citoyens dans une position de quémandeurs, bien loin des vertus de l’ascenseur social, du mérite, de la volonté de se défaire de sa condition de base, de sa classe sociale même ! C’est niveler la société par le bas. C’est aussi la réduire à une sorte d’immobilisme. Et c’est enfin la précariser. Qui peut vivre avec 600 ou 800 euros par mois ? Cette mesure démontre combien la gauche se refuse à tout combat et combien elle a abandonné son idéal de progrès et de liberté. Le revenu universel s’apparente en réalité à une sorte d’œuvre de charité. Les bourgeois du 19ème siècle avaient leurs pauvres, la gauche socialiste de 2017 dans un inversement total de ses valeurs entend elle aussi avoir les siens ! Au lieu d’offrir une perspective, un avenir, un projet, elle offre un remake de la mendicité, un enfermement dans des valeurs dépassées et un refus d’affronter le monde tel qu’il est !

En réalité ce débat n’a démontré qu’une seule chose : la peur de cette gauche là ! La peur de tout mouvement, de toute ambition, de tout changement. Et comme la peur ne fait pas recette bien peu de téléspectateurs ont suivi ce débat. Et comme la peur immobilise, la ferveur des militants sur cette péniche a été bien timorée. Qu’ils se ressaisissent tous ou alors leur propre peur assurera leur défaite et leur perte !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs