4 février 2017
Fillon : le chant du cygne ?

« Qu’est-ce que l’honneur ? Un mot. Qu’y a-t-il dans ce mot honneur ? De l’air ». Cette réplique de Falstaff, tirée du Henri IV de Shakespeare, sied parfaitement aux troubles que connaissent François Fillon et sa campagne. L’honneur, presque tous à droite et au centre n’ont que ce mot là à la bouche ! Mais l’honneur invoqué ainsi, sans précaution, à la va-vite, comme une excuse contre toute mise en cause, lui ôte toute épaisseur, toute profondeur, toute crédibilité. L’honneur, lorsqu’il n’est qu’un subterfuge, est un mot vide. Une parole vide de sens qui permet simplement de faire basculer la faute et les mises en cause qu’elle suppose sur les épaules de ceux qui posent les questions. L’honneur, invoqué comme une valeur morale qu’il ne faudrait trahir, permet de faire oublier sa faute et de mettre en accusation ceux qui, honnêtement ou non, osent s’interroger. Cette tactique est en tout point contraire à la morale qu’elle prétend défendre. Ce qui est en question ici, ce n’est pas l’honneur de François Fillon mais une demande de clarté. Une demande qui mêle à la fois confiance et courage. Lucidité et honnêteté. Ni repentance, ni diversion morale. Les français veulent avoir confiance. Peut-on leur refuser de réclamer des comptes ? Peut-on leur en vouloir de souhaiter protéger une des pierres angulaires de la démocratie ?

Un contexte vicié

Que l’on soit clair et précis. A aucun instant François Fillon n’a été reconnu coupable d’une quelconque entrave à la légalité. Sa présomption d’innocence doit être respectée et protégée. C’est l’honneur aussi de la démocratie d’offrir à un homme le droit de se défendre. Quand l’hallali se déchaine, il est de notre devoir de citoyens de lui permettre de s’expliquer loin du bruit et de la fureur. Mais il lui incombe aussi de nous respecter. De nous considérer comme des adultes capables de comprendre ou de juger, capables de condamner ou de pardonner. Il lui incombe de nous apporter toute sa vérité. Après tout, sans rien excuser, les pratiques des hommes et femmes politiques d’il y a quinze ans reposaient sur d’autres habitudes. Des habitudes qu’à l’époque nous admettions avec une certaine clémence. Il serait dangereux de le juger pour ses comportements d’hier avec notre moralisme d’aujourd’hui. Il serait anormal aussi de le juger seul. Car ne doutons pas qu’il ne fut pas le seul à s’arranger avec les règlements. Et reconnaissons que ces règlements étaient bien moins stricts à l’époque. Force est de reconnaître que si cette affaire n’était pas sortie, jamais les moralisateurs de toutes espèces qui, comme un cœur de pleureuses, s’empressent aujourd’hui de l’accuser de tous les maux, n’auraient pensé qu’il pouvait y avoir des abus de complaisance dans l’emploi d’un proche aux frais des contribuables. Gageons de ne pas oublier le double contexte de cette affaire ! Nous sommes après tout à quatre-vingt jours du premier tour !

Une tribune dramatique

L’erreur principale de François Fillon est d’avoir installé cette affaire sur le plan de la morale. Car ce qu’on lui reproche contrevient en tout point avec son discours rigoriste et intègre. L’utilisation qu’il fait de la notion d’honneur est à son désavantage car l’on perçoit très clairement qu’il s’agit d’une manœuvre. Une manœuvre surement sincère mais qui donne l’impression inverse. Celle d’un truc, d’un dérivatif longuement pensé qui tente de le rapprocher de tous ces hommes et femmes politiques qui ont vu leur carrière et parfois leur vie brisées par la calomnie. En clamant son innocence, en demandant à ses soutiens de tenir bon, en encourageant la publication d’une tribune au ton passionné semblant tout droit sorti d’une tragédie grecque, François Fillon souhaite mettre l’Histoire et la compassion de son côté. Les mots utilisés dans la tribune publiée dans le Figaro sont les agents d’une dramatisation souhaitée de l’atmosphère. Y est dénoncé le fait que François Fillon soit cloué au pilori, jeté aux loups, subisse les pires calomnies dans une claire tentative de mise à mort. Les mots comptent mais ils ne sauvent personne. L’honneur peut être évoqué mais il ne sauve personne. En agitant consciemment la mémoire de ceux qui n’ont pas supporté l’opprobre, la campagne de François Fillon démontre son cynisme. Cette tribune est comme une gifle. Elle ne répond en aucun cas aux interrogations des français. Elle ne fait que les culpabiliser. Criez au loup braves gens mais prenez garde aux conséquences. Vous jouez avec l’honneur d’un homme !

François Fillon, lui, rejette son déshonneur sur une manœuvre de la gauche au pouvoir. Qu’en sait-il ? Pourquoi ces accusations ne viendraient-elles pas de son propre camp ? Une fois de plus, décharger la faute sur l’autre. Mais dans quel but ? Sauver une campagne qui sombre ? Sauver une once de respectabilité ? L’honneur ne réside-t-il pas dans la vérité ? Dans la reconnaissance de ses fautes, si fautes il y a ? Espérons que ce climat odieux se purifie vite car pendant que nous étouffons tous, d’autres déjà se réjouissent de cette puanteur !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs