14 octobre 2016
7 pour un big bang?

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Vive la rupture ! Mais la vraie, pas celle de 2007 ! Non, tous s’y sont engagés cette fois-ci c’est du sérieux et rien ne les empêchera de mettre en œuvre leurs solutions ! Rien, car la France doit être sauvée ! 21 heures passées de quelques minutes, le débat est à peine commencé que déjà la migraine vous gagne. La migraine et une bonne dépression ! Tout va mal, la France est cabossée, brisée, conduite et dirigée par des incapables qui font honte à tout un peuple ! La France est à la remorque de l’Europe, sous assistance respiratoire, exsangue, sans plus aucune force économique, il lui faut un choc salutaire, violent et profond ! Chers compatriotes, voici les sept – dont le futur président de la République – qui détiennent les réponses et les remèdes. La pilule sera difficile à avaler, les sacrifices seront nombreux, les larmes vont couler. On aurait presque dit du Churchill dans le texte !

Jusqu’au bout de l’ennui

Mais hélas, par manque de charisme et de densité ou par manque de profondeur historique ou philosophique, les sept concurrents de ce premier débat de la primaire de la droite et du centre ressemblaient plus à des experts-comptables sous prozac qu’à des leaders capables d’insuffler une énergie et capables d’imposer une vision pour les cinq ou dix prochaines années. Bref, le débat était de bon ton, poli, quelques fois attisés par des piques si attendues et mignonnes qu’elles n’ont eu aucun effet. Un débat sérieux permettant d’éclaircir leurs différences, mais un débat long, ennuyeux duquel rien de nouveau n’est sorti mis à part Jean-Frédéric Poisson. Député obscur qui n’avait rien à perdre et qui a porté un point de vue souvent original face aux six autres. Sinon RAS ! Bruno Le Maire sans cravate – pour faire jeune ! – a paru démodé et flou. NKM clairement libérale s’est élevée contre les conservatismes et la droite « chimiquement pure », Jean-François Copé a joué des coudes et n’a cessé de se plaindre de son sort, François Fillon austère comme à son habitude a tenté de renverser la table et de relancer le match, enfin les deux favoris ont démontré combien ils avaient peur de perdre leur statut : Nicolas Sarkozy a été à côté des clous et sans magie, enfin Alain Juppé a été absent, à se demander s’il était vraiment présent sur le plateau ! Ils étaient tous tendus et figés. Sans doute les conditions de l’exercice n’ont-elles pas facilité les échanges et le rythme du débat. Les thèmes abordés n’avaient eux aussi rien de bien amusants : l’économie et la sécurité ! Donc pas de souffle, de glorieuse ambition, de lyrisme ! Non, des chiffres, des pourcentages, des rapports, de la technique, de la froideur, du pragmatisme ! Ca manquait d’âme !

Tabula rasa et potions libérales

La raison l’a donc largement emporté sur toute autre considération. Et la raison les a poussés à concentrer leurs salves sur François Hollande et son bilan économique. Leur pragmatisme les a poussés à ajuster leurs tirs dans la même direction, halte au social vive la révolution libérale ! Dès les premières minutes tout était clair : rupture, choc économique, révolution complète, mise à mort de la CGT, redressement du pays, fin des 35 heures, généralisation du référendum d’entreprise, lutte contre les abus du système, dégressivité des allocations chômage, baisse des charges, privatisation de Pôle Emploi, célébration de la valeur travail, démantèlement de la fonction publique, baisse des dépenses, suppression des régimes spéciaux, 100 milliards d’économie, 50 milliards de baisse d’impôts ! Le vieux modèle social français à la casse vive le libéralisme sauvage ! Une belle et grande cuillérée ! Aux grands maux les grands remèdes ! D’un coup nous étions transportés en 1979 lors d’un meeting du Parti conservateur britannique ! La France est l’homme malade de l’Europe et le fantôme de Margaret Thatcher a flotté sur le plateau tout au long de cette première partie. Le Point avait raison, tous se réclament de cette pensée, de cette idéologie : le diagnostic est affolant, le pronostic vital de la France est engagé, il n’y a qu’une seule solution : une médecine libérale amère et sévère ! Rien de neuf, toujours la même antienne, mais suffisamment ripolinée ! Allez hop on casse tout, de toute façon on n’a pas le choix!

La sécurité heureuse

Pas le choix non plus en ce qui concerne la sécurité et les problèmes liés à l’immigration. Seule solution proposée, avec des nuances infimes, un bon gros tour de vis ! Et comme pour l’économie tout y passe : hausse des effectifs de la police, de la gendarmerie, de la justice, des personnels pénitenciers, problèmes avec l’islam politique, problème avec la laïcité, durcissement du regroupement familial, emprisonnement des fichiers S et bien évidemment matraquage de la politique défendue par François Hollande, responsable de tout. L’argument laxiste, l’argument Taubira n’était pas loin, sans aucun doute il fera son apparition dans les prochains débats. Au delà de leur volonté commune de protéger les français, la sortie personnelle de Jean-François Copé sur la nécessité d’une rupture sécuritaire démontre combien les fissures entre eux sont nombreuses. Ce pauvre Alain Juppé s’est fait taclé sur son identité heureuse, ils l’accusaient presque d’irresponsabilité et d’angélisme. Le débat s’était un peu électrisé mais simplement pour quelques minutes. Nicolas Sarkozy avait eu le temps de préciser haute et au fort qu’ici c’était la France et que nous étions sinon tous gaulois, au moins tous égaux ! D’autres s’étaient mis d’accord sur l’expulsion des condamnés étrangers, bref la droite était la droite, sans surprise, sans finesse d’analyse, sans renouveau aussi. C’est ce que Jean-Frédéric Poisson leur a finalement fait remarquer en citant le manifeste programmatique des élections législatives de 1993, les propositions sont les mêmes et vous n’avez rien mis en place. Ou comment tirer contre son camp !

On attendait un débat vif, on a eu droit à un charmant tour de table. Un tour de table qui a séduit près de 5,6 millions de français selon Médiamétrie. TF1, RTL et le Figaro doivent être contents. Allez à la prochaine, on tourne une page de pub, bonne nuit les petits !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs