18 février 2017
Une élection confisquée ?

Entre François Fillon inaudible et jusqu’au-boutiste, Emmanuel Macron vide de sens et de propositions, Marine Le Pen irréaliste et passéiste et les duettistes utopistes Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, cette élection présidentielle est hors du commun et d’une certaine façon nous laisse les bras ballants, déjà aigris par n’importe quel résultat, sans enthousiasme voire déjà résignés ! Les bisbilles d’ego et les refus d’alliances obèrent tout esprit de responsabilité et de crédibilité. Les participants au concours quinquennal du « moi, je » s’en donnent à cœur joie oubliant au passage de nous apporter des solutions réalistes. Oubliant aussi de donner un peu d’âme à cette campagne bien sèche. Ils nous demandent de voter pour eux mais ils n’ont pas l’honnêteté de nous proposer des programmes réalisables ! Tous, d’une façon ou d’une autre, nous demandent de voter pour du vent. Ils nous privent ainsi de l’essence même de ce grand rendez-vous citoyen qu’est la présidentielle. Ils nous privent d’un cap et d’un choix clair. En réalité ils ne s’occupent que de protéger leurs propres intérêts. Oublié le peuple, oubliées les errances et les difficultés en tous genres. Non, vraiment, ils ne sont pas à la hauteur !

Revue de détails

François Fillon élu, il sera trop faible pour mettre en place son programme. Elu par défaut face à Marine Le Pen, disposera-t-il de l’autorité morale et politique nécessaire pour mettre en œuvre ses réformes de grande ampleur ? Pourra-t-il entre deux soupçons d’emploi fictif, de colloques à l’étranger et de conseils rétribués, demander aux français de faire encore plus d’efforts et de sacrifices ? Le père-la-morale de la droite aura-t-il l’assise suffisante pour que le peuple le suive dans son ambition ? La réponse est clairement non ! Alors que nous demande-t-il ? De voter pour une imposture. De voter pour un homme qui avant même d’être élu sait parfaitement qu’il ne pourra rien faire ! Confiscation du vote par le mensonge !

Marine Le Pen élue, ce qu’à Dieu ne plaise, comment et avec qui gouvernera-t-elle ? Elle a beau afficher sa confiance, elle sait bien qu’une majorité absolue de députés FN à l’Assemblée nationale est un vœu pieux ! Comment envisager alors de mettre en place la préférence ou priorité nationale, le protectionnisme, le renvoi des clandestins ? Donc elle nous demande de voter pour un programme irréalisable. Il en va de même pour ses ambitions européennes! La commission lui flanquera la porte au nez et elle déclenchera un référendum ! Qu’elle le perde et elle démissionnera. Qu’elle le gagne et nous voilà hors de l’Union Européenne, hors de la zone euro ! Réjouissant, non ? Confiscation du vote par la chimère !

Emmanuel Macron élu, lui aussi par défaut face à Marine Le Pen, avec qui gouvernera-t-il ? Encore la même question. Quelle majorité pour le suivre? Et puis quel programme appliquera-t-il ? Avec l’ancien locataire de Bercy à l’Elysée, nous n’aurons plus la main sur rien, nous appliquerons la politique décidée à Bruxelles. Bon, pour ce que ça changera ? Mais tout de même avec lui plus aucun lien ne nous unira avec le réel. Entre son soutien au CETA et sa réécriture de l’Histoire, Emmanuel Macron nous habitue déjà à son libéralisme assumé et à son manque de profondeur idéologique. Il ne suffit pas de faire des déclarations et de remplir des salles pour gouverner. Confiscation du vote par le vide !

Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon élus l’aventure serait intellectuellement belle mais nous serions bien seuls. Les « gauchos » de la pampa version Chavez et Morales sont assez peu nombreux au pouvoir en Europe. Et si c’est pour que tout finisse dans le reniement

comme en Grèce avec Tsipras, non vraiment ça ne vaut pas le coup ! Ils nous demandent de croire en un autre monde, une autre société. Oui pourquoi pas, mais gageons que Frau Merkel ne l’entendra pas de cette oreille ! Elle les foutra à la baille afin de sauvegarder ses rentes et sa domination économique. Il serait abusif et faux de croire qu’elle pourrait céder à des troublions français à la carafe dégrossie, enragés et prêts à la rupture ! Confiscation du vote par l’utopie !

Aucune bonne solution

Alors que faire ? Voter à contrecœur ? Voter blanc ? S’abstenir ? Aucune solution ne sera la bonne tant qu’ils n’auront pas compris que nous comptons. Tant qu’ils n’auront pas compris que nous sommes adultes et que nous réclamons des solutions crédibles. Nous sommes prêts aux sacrifices, aux efforts, aux luttes mais nous ne sommes plus prêts à leur offrir un blanc- seing ! Il est grand temps qu’ils nous accordent une once d’intelligence. Il est temps qu’ils cessent tous de croire que nous sommes prêts à avaler toutes les couleuvres ! Ils n’ont en réalité aucune confiance en nous. Comme le disait Flaubert : Le peuple est un éternel mineur. Seraient-ils tous flaubertiens ? A en croire leurs discours il ne nous prennent pas au sérieux et estiment surement qu’eux savent mieux que nous ! Balivernes. Lorsque les élites et les dirigeants sont à ce point coupés du peuple, la révolution n’est pas loin. Oh bien sur nous ne sommes pas en 1788 ou dans les années 30 mais la colère est là. Leur défense de l’entre-soi et de leurs privilèges finira tôt ou tard par se retourner contre eux. La fronde des peuples face à un pouvoir sourd et intransigeant rappelle les révolutions de 1848 ! L’insurrection n’est pas loin, reste à savoir la couleur de son drapeau !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs