24 février 2017
Batailles d’égos et jeux de dupes

Une fois n’est pas coutume, commençons cette chronique par une expérience arithmétique. Au vu des derniers sondages, Marine Le Pen, avec 25 à 26% semble intouchable au premier tour. Emmanuel Macron ragaillardi après ses bourdes par le soutien de François Bayrou reprend des couleurs aux environ de 21 à 22%. François Fillon peine à rétablir une dynamique positive en sa faveur et oscille entre 18 et 21%. Quant à la gauche, bêtement divisée, elle est distancée. Pourtant à y regarder de plus près, elle pourrait largement avoir ses chances. Les intentions de vote en faveur de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot additionnées place le camp de gauche aux alentours de 25 %. Premier constat à deux mois du premier tour, si la gauche était intelligente elle pourrait se qualifier pour le second tour, voire même apparaître en tête le soir du 23 avril. Ces calculs d’apothicaire n’ont rien de sérieux tant l’électorat semble volatile et dans une grande proportion encore incertain de son choix. Les évènements de la semaine changent-ils la donne ou au contraire renforcent-ils la désillusion grandissante ? Gageons que les fausses alliances politiques – sorte de petits tripatouillages d’appareils – ne font que renforcer la défiance et grossir la masse des PRAFistes, ainsi que l’on nomme ceux qui n’en ont PLUS RIEN A FOUTRE…

Fausses clarifications : épisode 1

François Bayrou n’avait pas de mots suffisamment forts pour condamner la candidature d’Emmanuel Macron. En septembre, l’ancien ministre de l’économie représentait l’argent, la collusion avec la finance, la volonté de faire passer l’intérêt individuel avant le destin commun. Le maire de Pau affichait sa volonté farouche de combattre l’imposture Macron ! Oui, bon, très bien mais c’était en septembre. Bayrou pensait que Juppé allait gagner la primaire et qu’il se verrait offrir un bon poste au gouvernement. Bayrou pensait qu’il avait encore du poids et que le chemin vers le pouvoir était tout tracé. Mais patatra, Fillon a triomphé et les plans personnels de Bayrou se sont cassés la gueule ! Alors après la menace d’une quatrième candidature, histoire de se donner l’illusion d’avoir encore un peu d’influence, le béarnais a choisi de soutenir celui qu’il semblait vouloir démasquer. Adieu veaux, vaches, crédibilité, honnêteté intellectuelle, autorité morale ! François Bayrou a ôté le masque, il est en fait comme tous les autres, prêt à la contorsion, au reniement, à la trahison ! Alors allons-y gaiement ! Soutenons Macron ! De toute façon Bayrou avait bien compris qu’il n’avait plus aucun espace au centre, donc embrassons-nous folleville ! Vive le libéralisme assumé, l’européisme assumé, le flou programmatique assumé, la tromperie assumée ! Quel destin pour cet homme qui se rêvait en Henri IV et en réconciliateur des français. Le voilà aujourd’hui en faux vieux sage, phagocyté par Emmanuel Macron. Une question tout de même : qu’en penseraient les grandes figures du centre ? Jean Lecanuet, Raymond Barre, Jacques Barrot ou bien encore Bernard Stasi seraient sans aucun doute dubitatifs. Quoi que… François Bayrou ne s’inscrit-il pas dans la longue lignée des responsables centristes européens, atlantistes et libéraux ? En fait il est raccord ! En soutenant Emmanuel Macron, François Bayrou l’adoube et fait de lui l’héritier de Maurice Schuman, Valéry Giscard d’Estaing et de tant d’autres. On a connu plus neuf comme références ! Pour le chantre du renouveau le soutien du président du Modem aura sans doute quelques effets bénéfiques dans les sondages. Mais qu’il ne se fasse pas d’illusion. En tout état de cause, cette alliance démontre bien que ces hommes là ne s’intéressent qu’à leur propre sort. Ces arrangements d’arrière-boutique ne font pas honneur à la démocratie. Comment adhérer au discours de ces girouettes ?

Fausses clarifications : épisode 2

Jean-Luc Mélenchon a fait de son mieux pour paraître convaincant et prêt à saisir toutes les propositions d’alliances que pourraient lui faire Benoît Hamon. Interrogé une fois, deux fois, dix fois par le duo Salamé-Pujadas, le leader de la France insoumise a réaffirmé qu’aucune porte n’était fermée. Après le ralliement de Yannick Jadot à la candidature Hamon, le risque pour Jean-Luc Mélenchon était de passer pour le diviseur bouffi d’égo qui refuse par principe de retirer sa candidature ! Travaillé au corps par les deux journalistes vedettes de France 2 qui à n’en point douter désirait ardemment qu’il dépose les armes à leurs pieds, Jean-Luc Mélenchon en homme malin qui en a vu d’autres et en homme instruit n’a pas cédé à leurs suppliques. Et tout en souriant il n’a cessé de mettre en accusation ses partenaires de gauche. Haro sur les points d’accords entre Jadot et Hamon. Ces dix propositions sont presque toutes semblables à celles signées en 2012 entre François Hollande et Cécile Duflot. La sortie du nucléaire, la proportionnelle, etc…. Mesures qui pour la plupart n’ont pas été réalisées alors qu’ils ont gouverné ensemble ! Jean-Luc Mélenchon intelligemment refuse de se plier à ce jeu de dupes ! Haro sur les investitures et les accords de cuisine entre le PS et les macroniens ! Jean-Luc Mélenchon veut de la clarté ! On peut au moins lui reconnaître ça ! On peut lui reconnaître aussi de savoir par cœur son histoire de la gauche française. Depuis 1974 il n’y a pas eu de candidat commun à gauche. Pourquoi alors se désisterait-il, lui, en faveur des socialistes alors qu’il n’a cessé de les combattre durant tout le quinquennat ? Il sait bien aussi que nombre d’électeurs de gauche ne voteront jamais pour un candidat soutenu par les dernières forces du parti communiste. Alors ? Et bien pas d’alliance. Les deux candidats de gauche vont droit dans le mur et ils le savent. Merci pour les Français ! Merci pour cet aveu ! La bataille de la gauche ne nous concerne pas ! Leur responsabilité dans l’échec de la gauche française sera immense !

Marine Le Pen doit jubiler en les regardant ainsi faire mumuse ! François Fillon est silencieux, espérant sans doute que la gauche et le centre se déchirant ou s’illusionnant il puisse, dans un souffle, tirer son épingle du jeu. En attendant ils nous maintiennent tous dans un flou infantilisant. Espérons que leur conduite aberrante fera que nous ne soyons pas tous dupés par les promesses dangereuses du FN et par le rejet immature de la classe politique. Espérons que tous les Français n’en auront pas plus rien à foutre !

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs