18 avril 2017
Marine au Zénith : L’imposture républicaine !

Ambiance électrique et subversive pour le meeting de Marine Le Pen au Zénith de Paris en ce lundi de pâques. A peine sorti du métro Porte de la Villette, guidé par la sécurité de la RATP, voilà des rangées de CRS pour protéger l’accès à la salle et éviter – ce qui hélas ne sera pas le cas – des échauffourées entre militants frontistes et militants antifascistes. Quelques hectomètres plus loin premier barrage et premier contrôle. Des molosses de la sécurité du Front National inspectent les mines et les sacs. Des gros bras assez peu amènes, pour ne pas dire apeurant, soupçonneux et inquisiteurs, délivrent le droit à accéder à l’étape d’après. Cela installe très vite dans l’ambiance. Elle était électrique, la voilà pleine de radicalité. Premier sentiment de malaise. Deuxième étape, rebelote, fouille des sacs, des poches, de l’intérieur des paquets de cigarettes, on enlève son bonnet, sa casquette, on ouvre tout, on jette les bouteilles, une première vérification, puis une deuxième, enfin on se fait palper assez virilement, sous les yeux des responsables de la sécurité qui semblent vous analyser du regard, détectant les faux patriotes ou les fouteurs de troubles ! A peine rentré, on nous indique une porte précise, une volée d’escaliers précise, bref pas de liberté de mouvement. Halte, au pas, à la baguette !

Une réécriture de l’histoire

Drapeaux tricolores sur les sièges et regards suspicieux des militants – environ 5000 – bien décidés à faire entendre leurs voix et leur patriotisme fanatique, le Zénith se remplit peu à peu. Marion Maréchal-Le Pen se fait applaudir, Gilbert Collard commente son « agression », Florian Philippot salue la foule, le spectacle peut commencer. La star du jour, engoncée dans une veste d’un vermillon vif et saignant, profite de l’atmosphère quasi insurrectionnelle pour vendre sa logorrhée nationaliste et faussement républicaine. Allez hop au placard les décennies de xénophobie et de rupture avec l’idéal républicain, la vraie France est ici ! Aucune limite au travestissement des faits et des idées. La patronne du FN se joue de la mémoire, elle se réinvente en Marianne généreuse pensant avant tout au bien-être des français, à leur bonheur et à leur sécurité. Oui car point de paix civile sans une société fermement harnachée. Oui il faut que l’ordre règne ! On se croirait à Varsovie en décembre 1980 ! L’ordre républicain – sans vergogne elle dévoie la République –, doit être respecté ! Il faut stopper ce laxisme qui est à l’origine de tous les maux ! Ah le bon air vicié de l’autoritarisme ! Les militants exultent, applaudissent, se félicitent, tapent des pieds et hurlent sans cesse qu’ils sont chez eux ! Ce « on est chez nous » inlassablement scandé toutes les secondes et qui fait encore plus ressortir le malaise déjà éprouvé à l’entrée du meeting.

Un Front nerveux et enragé

A une semaine du premier tour, Marine Le Pen ne fait plus dans la dentelle. Oublié le Front dédiabolisé, philippotisé, ripoliné! Retour aux bonnes vieilles recettes lepénistes. Les immigrés, les musulmans, les socialistes, les communistes, les technocrates de Bruxelles, Schengen, Angela Merkel, les banquiers, les financiers, les migrants, les racailles, les bandes, les politiciens des trente dernières années, allez tous y passent. Tous passent à la moulinette décérébrée de cette idéologie malsaine ! Et le public en redemande, alors allons-y gaiement : les Femen, les bobos, les gauchistes, les soixante-huitards, les belles âmes, les droits-de- l’hommistes, les islamistes radicaux, les islamistes tout court – elle est en boucle ! –, les corrompus, les journalistes, les médias, le système, les apparatchiks, les mondialistes, les internationalistes ! Tous à la trappe, tous à la lourde, tous à la baille ! La France meurt de tous ces esprits qui vivent déjà dans le post nationalisme et qui vomissent la patrie ! Ils ne voient la France que comme une petite nation faible et désarmée, une nation sans ressources, sans forces, sans avenir ! Halte là défaitistes de tous ordres, ici c’est la France et la France est grande, fière et capable ! Le malaise cède la place à l’écœurement !

Faussaires de la République

Le public est bouillant ! Tout le monde est debout et répond en écho aux diatribes marinistes ! Ils ont le sentiment de défendre la France et ses valeurs éternelles ! Elle parle des clochers, des villages, de nos vins, de nos traditions. Elle se permet même de se présenter comme la seule candidate qui défende réellement les femmes ! On s’étrangle ! Est-ce défendre les femmes que de proposer un salaire maternel ? Est-ce défendre les femmes que d’accueillir au sein de son parti des personnes farouchement opposées à l’IVG, à ce droit fondamental pour les femmes ? Est-ce défendre les femmes que de les renvoyer ainsi à des positions archaïques, à un seul rôle de mère ou d’épouse ? Est-ce défendre les femmes que d’épouser ainsi les règles d’un patriarcat suranné et dépassé ? D’évidence l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas d’actualité au Front National et la vision d’une société traditionnelle fondée sur une prééminence masculine doit être défendue ! Après tout ne prône-t-elle pas qu’il faille gérer la France en bon père de famille ?

Imposture et conservatisme, imposture et vieille rengaine nauséabonde, voilà un court résumé de ce meeting angoissant de paranoïa et de déshérence humaine. Où est donc la générosité lorsque l’autre n’est vu que comme un ennemi ? Où sont donc les valeurs universelles de la France lorsqu’on entrevoit le monde qui nous entoure que comme un danger ? Où est donc la crédibilité d’une dirigeante lorsque, sans honte, elle se fait applaudir sur les morts des attentats certifiant qu’avec elle rien ne se serait passé ? Allez s’en est trop ! L’écœurement cède le pas à la colère ! En sortant, une bande de jeunes vendent l’Action Française. C’est le pompon ! Maurras et Barrès peuvent dormir tranquilles le nationalisme français est bien vivant ! Hélas ! Alors aux urnes citoyens, la patrie mérite mieux que ces zozos hargneux et dangereux !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs