14 octobre 2017
Le retour de la droite ?

Disparue après le naufrage Fillon à la présidentielle, déchirée entre factions fratricides qui n’ont plus grand chose en commun, quasi morte idéologiquement depuis 2007 et la victoire en trompe-l’œil de Nicolas Sarkozy, abîmée par tant d’années de luttes intestines, assez peu claire sur son cap, franchement ringarde face à la modernité toute relative de la République En Marche, coincée entre un Front National qui s’oblige lui-même à un retour identitaire et un centre aux velléités ridicules d’indépendance, la droite française s’apparente à un champ de ruines, à un terrain en jachère, à une plaine morne sur laquelle, mis à part les ambitions personnelles plus rien ne semble pousser. Et pourtant, certains, militants fanatisés et croyants inébranlables, sont persuadés que la droite est de retour ! Coucou nous revoilà semblent-ils prêts à hurler ! Coucou nous revoilà, prêts à inventer un avenir avec un nouveau chef, tradition bonapartiste oblige, auquel ils promettent d’obéir et qui lui se voit déjà en recours, en homme providentiel, en héraut d’une droite française désorientée. Oui, Laurent Wauquiez, puisqu’il s’agit de lui, se voit déjà en Sarkozy version 2022, prêt à renverser la table, prêt à en découdre avec l’idéologie dominante, prêt sans doute aussi à quelques rapprochements et quelques compromissions pour atteindre son but : le pouvoir.

Quel parcours !

Quel chemin pour cet homme, grisonnant et presque sexy ! Quel parcours depuis l’ombre de Jacques Barrot jusqu’au flirt avec une droite dure et réactionnaire. Quel parcours pour cet homme à la fois héritier d’un esprit centriste, libéral, européen, incarnant la pensée démocrate-chrétienne au travers du CDS et aujourd’hui défenseur d’une ligne dure si proche de celle des années intransigeantes du RPR de Chirac, Toubon et Pasqua. Mais Laurent Wauquiez a pour lui cette chance que les français oublient et marchent à pas forcé avec le monde, oubliant ce qu’ils ont fait l’instant précédent, oubliant aussi d’y regarder de plus près lorsqu’il s’agit du parcours de leurs futurs dirigeants. Oubliés le CDS, l’UDF… Oubliés les projets démocrates-chrétiens qui aspiraient à la création d’organes supranationaux européens, à la création d’une Europe fédérale dans laquelle chacun des pays membre aurait abandonner une bonne part de sa souveraineté. Oublié tout cela… Non aujourd’hui, le héros de la droite se veut plus dur que dur, plus intraitable que jamais. Halte là ! Stop à l’immigration, stop à Schengen, stop à l’Europe, stop aux impôts, stop à l’anarchie macronniste ! Sans oublier bien sur, petit clin d’œil plein de sous-entendus surannés et franchement écœurants à la Manif pour tous, à Sens commun, à tous ces fous et ces folles qui n’ont de la société qu’une vision traditionaliste, étriquée et excluante ! Petit clin d’œil bien appuyé à cet électorat qui a voté Fillon, à cette droite conservatrice et bourgeoise qui réclame de l’ordre, du respect pour la tradition, de la liberté économique et la fin de l’assistanat honni qui à lui seul semble être responsable de tous les maux de la France. Sus aux tricheurs, aux fainéants – tiens ça nous rappelle les mots du Président de la République dont certains commencent à se rendre compte qu’il n’est ni de gauche ni de gauche, on se bidonne ! –, aux chômeurs qui ne veulent pas travailler, aux allocataires du RSA qui préfèrent bien évidemment vivre avec 470 euros par mois plutôt que d’avoir un salaire décent, des horaires et la reconnaissance sociale qui accompagne le fait de travailler ! Oui, le propos tenu est caricatural et son compte-rendu l’est aussi, mais comment peut-on croire incarner l’avenir avec des recettes vieilles de trente ans et qui n’ont jamais convaincu les français !

Le déni de la défaite

Une fois encore l’amnésie joue en la faveur de Laurent Wauquiez. Ses acolytes de parti, ses anciens collègues députés et ses anciens camarades du gouvernement ont fait table rase du passé. Oui, ils oublient que l’antienne de la baisse des charges et de la révolution thatchérienne n’a jamais rencontré d’échos favorables en France. Ils l’oublient tant qu’ils sont capables de travestir la vérité des faits ! François Fillon n’a pas commencé à décrocher dans les sondages lorsque l’affaire du Pénélopegate s’est affichée à la une du Canard Enchaîné. Non il a commencé sa chute quelques semaines avant, alors qu’était scruté de plus près son programme en matière de santé. Les français avisés ont senti que l’objectif était de tailler des croupières dans le budget de la Sécu et que François Fillon n’avait pour moto que : Chacun pour soi et Dieu pour tous ! Halte là ont dit les français. Mais là encore c’est une autre histoire. La campagne de 2017 n’a été qu’une erreur, une tragique catastrophe reposant exclusivement sur les épaules d’un seul homme. Quel manque de lucidité. Si François Fillon a perdu c’est parce que son programme n’était pas bon, parce que son positionnement n’était pas bon. Comment croire un homme qui a partagé pendant cinq ans les manettes du pouvoir et n’en a presque rien fait ? Laurent Wauquiez fait partie du lot des amnésiques anesthésiés par la claque magistrale reçue par la droite en mai dernier. Mais plutôt que de choisir une ligne, une constance, une consistance, une ligne idéologique, il préfère les vieux trucs, les promesses qui servent à prendre un parti mais ne sont jamais appliquer lorsque le pouvoir est là.

En réalité Laurent Wauquiez, comme Emmanuel Macron, est un vieux, un homme à la pensée passéiste, aux réflexes dépassés qui prône pourtant la modernité mais n’est en fait pétris que d’immobilisme. Une fois encore tout changer pour que rien ne change. Laurent Wauquiez sera certainement élu à la tête de cette droite végétative. Et bouffi d’orgueil se verra-t-il sans doute, dès cet instant, comme le candidat naturel de la droite pour 2022. Évidemment il fera en sorte de verrouiller les statuts du parti, éliminant d’emblée cette horrible processus de désignation qu’ont été les primaires et qui ont accouché d’un désastre ! Comme avant, lors d’un comité directeur ou central largement acquis à sa cause il se fera désigner comme un César romain, à l’unanimité ! Mais que César prenne garde, Jupiter n’a pas encore utilisé toute la force de ses éclairs, la vestale frontiste gardienne du feu ne lui en fera pas cadeau et les picrocholins aventuriers de la gauche pourraient un jour redécouvrir la notion d’intelligence et rassembler leurs forces. Si la partie semble déjà gagner, la route est longue et qu’il en soit sur, au moindre faux pas ses amis d’aujourd’hui ne perdront pas une seconde pour le décapiter. Grand jeu favori de la droite : la chasse aux chef ! Au moins cette habitude, elle, est de retour !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs