20 octobre 2017
De Macron à Le Pen une logorrhée indigeste

Ils nous parlent, nous expliquent, nous décortiquent leurs propositions, leurs projets, leurs visions, ils nous rabâchent en permanence qu’ils œuvrent pour améliorer notre situation, notre futur, celui de nos enfants, celui de notre pays. Ils s’invitent à l’heure du dîner, hantent nos dimanches soirs, nos jeudis, nos petits matins, nos fins d’après-midi. Ils nous interrogent, nous questionnent, nous invectivent aussi. Ils nous rassemblent dans les rues, sur les places, ils nous invitent à réfléchir, à acquiescer, à combattre, à se révolter, à s’engager. Ils nous disent qu’ils s’occupent de tout, qu’ils n’ont pas d’autre ambition que nous servir, que le pouvoir qu’ils ont ou qu’ils aspirent à avoir n’est qu’un outil pour réformer, engager, rebâtir. Ils nous disent de craindre les choix des uns, d’avoir confiance dans les choix des autres, ils nous bousculent, proposent de tout changer ou de tout figer. Ils sont à la fois porteurs d’espoirs mais aussi chantres de l’inquiétude et du déclinisme. Pour les uns le pouvoir en place détruit ce qui fait l’essentiel de l’esprit français. Pour la majorité marcheuse les opposants ne sont en réalité que des enragés passéistes dont les solutions anxiogènes auraient des conséquences catastrophiques pour l’avenir du pays. Bref, on patauge en pleine crise de foi, de confiance, de cap, de direction.

Les voix absentes

Difficile de s’imaginer dans cinq ans, difficile de construire, d’être optimiste, la crainte d’un futur peu sécurisant s’empare peu à peu de la France. Où va-t-on ? Quelles orientations prenons-nous ? Qui devons-nous croire ou suivre ? Les mots de nos dirigeants n’ont rien de rassurant. Entre le pragmatisme macronien exposé sous les ors de l’Elysée, qui oblige aux sacrifices et oblige à une marche forcée vers un progrès flou, et les rodomontades insoumises et les incohérences lepénistes qui si elles peuvent, un temps, canaliser les colères et les angoisses, ne représentent en aucune façon un avenir désirable, il est presque impossible de savoir dans quel chemin la France s’engage. Et puis il y a ceux que l’on entend plus ou peu. La gauche socialiste, immense muette dont la parole manque, est aux abonnés absents, incapable de formuler une pensée claire et de tracer, alors que c’est son rôle, une perspective. Idem pour la droite, qui trop occupée par ses propres tourments intestinaux, ne pèse plus guère dans le débat politique. Elle aussi a pourtant le devoir de tracer une perspective, de proposer une alternative, d’expliquer qu’une autre voie est possible. Mais droite et gauche sont muselées. Alors que jamais peut-être nous n’avons eu plus besoin de repères, les courants majeurs nous laissent dériver dans les eaux troubles d’une France où les partis ont disparu. Le ni droite ni gauche, commun au macronisme et au lepénisme, symbolisé dans l’affligeant débat du second tour où elle fut aussi mauvaise qu’il fut inconsistant, nous a installé dans une sorte de maelström, une bouillie idéologique, desquels il est impossible de sortir une idée claire, une voix compréhensible, dans lesquels il est impossible de se reconnaître ou d’être convaincu. Nous sommes comme dans une sorte de temps suspendu où tout se vaut et les idées des uns sont récupérées par les autres et vice et versa. Nous nous noyons dans une mare faite d’une eau trouble. Une eau trouble qui permet toutes les réformes, tous les abandons, tous les reniements.

La parole disqualifiée

Le trouble, voilà ce que le Président de la République a installé au sommet de l’Etat. Le renoncement à la clarté, pour mieux naviguer, pour mieux tromper. Mais ses opposants, bien timides et bien conscients de la futilité de leurs paroles, vaste jeu médiatique dans lequel il faut gueuler plus que les autres pour espérer exister, semblent eux aussi se contenter de ce marigot boueux. Les déclarations de Marine Le Pen sur l’euro, ou bien encore les attitudes grotesques des insoumis sont tout autant d’exemples qui permettent d’affirmer qu’ils, tous, n’ont pas conscience du peuple et qu’ils ne nous considèrent pas, malgré toutes leurs déclarations, comme des citoyens majeurs. Alors ils nous parlent, ils nous saoulent de mots, ils nous inondent de constats, ils nous obligent à les croire, à nous inquiéter, ils nous font craindre le futur, ils nous infantilisent. Jamais ils ne s’adressent à nous comme à des adultes et se prélassent dans leurs débats stériles et abscons si éloignés de la réalité. Réalité dans laquelle ils ne vivent pas. Alors que faire ? S’obliger à les écouter ? S’obliger à perdre du temps pour écouter leurs promesses et leurs mots doux. « Tout ira mieux avec moi demain » semblent-ils tous répéter en boucle. Leur parole n’est pourtant pas crédible. Les mots lorsqu’ils sont utilisés comme des poncifs ou des oukases n’ont pas de portée. En réalité leurs voix à tous sont faibles et manquent cruellement de consistance.

Triste constat. A force de manier la parole pour ne rien dire, à force de convoquer le vide, à force de promettre tout et son contraire, à force de crier au loup, plus personne ne les croit, plus personne n’est convaincu. A force de balivernes leur langue n’a plus de valeur. Triste constat. Ce n’est pas que l’élite ne sait pas parler au peuple, c’est que le peuple n’a plus envie de l’écouter. Nous somme saouls de leurs paroles insipides. Eux qui ne répondent jamais à la seule question valable : qui sommes-nous ?

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs