10 avril 2017
Fillon : quinze jours pour renverser la table !

Au secours la droite revient ! Enfin, elle espère revenir dans le jeu et arracher sa qualification au second tour à la photo finish, sur le fil ! Au secours la droite revient ! Ce slogan utilisé sur des affiches socialistes lors de la campagne législative de 1986 sied parfaitement au barouf énervé et revanchard organisé hier par François Fillon et ses soutiens à la Porte de Versailles. La droite n’est pas encore morte même si les sondages donnent désormais le vainqueur de la primaire de la droite et du centre en quatrième position ! Quelle campagne tout de même ! Quel chemin de croix pour celui qui fut il n’y a pas si longtemps encore le favori des sondages ! Dépassé par Jean-Luc Mélenchon, distancé par Emmanuel Macron et Marine Le Pen, François Fillon doit forcer son destin, espérer en sa baraka et prier ! Regonflé à bloc, croyant en son étoile, abreuvé de compliments et de louanges par ceux qui, il n’y a pas si longtemps encore, lui crachaient allègrement au visage, François Fillon doit renverser la table, se dépasser lui-même, s’acharner à refuser l’inéluctable défaite qui se profile à l’horizon. Les dynamiques et les cartes qui ont été rebattues depuis les débats et en particulier celui à onze, lui offrent un premier espoir. Le duo attendu se fait trio. Le trio se fait quatuor. Certes François Fillon est en quatrième position mais les favoris se tiennent en quatre points. Bien malin qui pourra dire qui seront les deux têtes d’affiche du second tour ! Bien malin qui, à moins de quinze jours du premier tour, peut affirmer qui validera sa place pour la confrontation finale ! Cette campagne est folle et François Fillon compte sur cette folie teintée d’incertitude pour faire mentir les auspices de malheur ! Et les 25 000 militants qui étaient réunis autour de lui hier sont habités de la même certitude, à la fin des fins ils triompheront !

Une droite énervée !

Alors que Jean-Luc Mélenchon et ses 70 000 sympathisants se dorent la pilule sous le soleil marseillais au bord du Vieux port, les militants de la campagne Fillon et les sympathisants de droite s’engouffrent joyeusement dans le hall 3 de la Porte de Versailles. Ah, la Porte de Versailles, tant de souvenirs pour le peuple de droite ! De la création du RPR en 1976 au sarkozysme triomphant de 2007, ce lieu regorge de souvenirs et semble habité d’une âme victorieuse ! Aucun doute dans les rangs, François Fillon sera le prochain Président de la République. Ca claque des mains, ça hurle, ça pousse, ça applaudit ! Belle ambiance et belle cohue ! Ca se bouscule sous le soleil. On veut rentrer avant les autres. Vite, vite rentrer pour pouvoir avoir une place assise, vite, vite renter pour son petit confort ! Alors on gruge les queues aux portiques. On a beau être de droite on en est pas moins mal éduqué ! Leur candidat leur a, d’une certaine façon, donné l’exemple : les règles c’est pour les autres et je ne m’applique pas à moi-même la conduite morale que je demande à tous les autres ! Bref, ça passe son temps à faire la leçon à tout le monde – les uns sont trop dépensiers, les autres croient encore au programme commun de la gauche, d’autres encore sont inconsistants – mais ça pense avant tout à son petit pré carré et à son petit égoïsme ! Pas de doute, c’est bien un meeting de droite. Ici règnent le sérieux, la rigueur, l’intégrité ! Règnent aussi la revanche, la haine du socialisme, la dénonciation de la justice et des médias ! Règnent aussi des discours surannés et polarisants ! Bref, aucun doute, ils ne sont pas là pour rassembler – les Baroin, Retailleau, NKM, Pécresse, Raffarin, Ciotti – non, ils sont là pour se célébrer eux-mêmes et pour renvoyer leurs propres erreurs stratégiques et morales sur les autres ! Et la claque amusée et fanatisée des militants répond parfaitement à ces échos qui manquent de lucidité ! Tout est la faute des autres ! Et ces autres – Hollande et son cabinet noir, Macron et son statut d’héritier, Marine Le Pen et sa folie nationaliste, Mélenchon et sa 6ème République, même Dupont-Aignan et son refus de rentrer dans le rang –, oui tous ces autres ne leur voleront pas la victoire !

La victoire leur appartient

Non personne n’a le droit de leur voler la victoire. Leur victoire ! L’alternance leur appartient. Les discours sont assez insipides et les attaques attendues. Mais ce qui retient l’attention c’est à la fois l’amnésie et la vanité qui semblent régner Porte de Versailles. Ah, le vilain défaut qu’est l’oubli. Ils oublient l’état de la France en 2012. Ils oublient qu’ils ont été battus, ils oublient qu’ils n’ont pas appliqué leurs promesses. Ils oublient que l’alternance n’est pas un dû mais une proposition crédible pour l’avenir du pays. Ils oublient leur passé, leurs actes et leurs manquements parce qu’ils sont persuadés que c’est leur tour. Après cinq ans d’une gauche, qu’ils estiment toujours illégitime, ils se posent en recours et défendent l’idée que l’alternance est obligatoire ! Mais du haut de leur immodestie et de leur manque de lucidité ils oublient que les français ont de la mémoire, que les français jugent, écoutent, se renseignent, se tiennent au courant des propositions des uns ou des autres. Non, les français ne sont pas des bœufs gavés de fausses informations. Les français savent faire du tri, savent détecter les hommes d’honneur et de parole, savent discerner lorsqu’on leur ment, lorsqu’on les enfume, lorsqu’une une fois de plus on rejette, sans jamais se remettre en cause, la faute de tous les maux sur les autres !

Une stratégie conservatrice

Ce long meeting aura fait la preuve de l’immaturité de la droite française qui n’a pas l’air de comprendre tout le rejet que son candidat et son programme peuvent susciter dans l’opinion. Si François Fillon est à 17% c’est bien sur à cause des affaires mais sans doute aussi à cause de son programme et des choix idéologiques qu’il contient. La présence de Madeleine de Jessey est l’exemple type d’une campagne noyautée par des forces passéistes et conservatrices. La passionaria de Sens commun en débitant ses inepties sur la mort de la famille française et la mort de la civilisation française démontre combien le ton de la campagne est réactionnaire, embourbé dans la défense d’une morale rigide dans laquelle la majorité des français ne se reconnaissent pas. Aux enfers le progressisme harangue-t-elle ! Les militants exultent. Pas sur que les électeurs soient convaincus ! Il est tout de même incohérent de se présenter comme le candidat de l’avenir pour en même temps éprouver le besoin de flatter les esprits d’hier enfermés dans une vision de la société rétrograde et naphtalinée !

Le pari de François Fillon est risqué. Mais il n’a pas le choix. Soit il se démène pour arracher sa qualification au second tour soit il sait déjà la crucifixion publique qui l’attend si la droite est éliminée au premier tour. Tout fiasco est interdit. Il s’en remet à nous, citoyens français. Il espère sans doute en notre clémence ! L’espoir fait vivre !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs