23 janvier 2014
Sundance, les films, la neige et… les sponsors

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Si la France a Cannes, les Etats-Unis ont Sundance. La plage contre la montagne. Ce festival du film indépendant – vous ne verrez pas là-bas le dernier Spielberg- fête ses trente ans cette année et a désormais lieu non pas sur les terres que Robert Redford a acquises en 1969 mais dans la ville de Park City, entre sa Main Street et les différentes salles de projection où des bus vous baladent à longueur de journée. Car ici, vous êtes bien en Amérique, royaume des grands espaces et de l’opulence. Un simple passage dans un foodmarket ou Wallmart vous donne un avant goût de la sélection des films, courts métrages et autres documentaires qui sont présentés ici: l’offre est telle que l’on ne sait plus quoi choisir. Jugez plutôt: du petit festival entre potes lancé par Bob dans le Egyptian Theatre, salle de cinéma historique de 290 places de Park City, on en est désormais à une salle de 1300 places – l’ Eccles Theatre, très impressionnante – plus onze autres salles à des miles les unes des autres ( sans compter les lieux sur les villes de Salt Lake City, Odgen, Provo et Sundance – comptez une heure pour aller à chacune d’elles). Il faut au moins cela pour découvrir la centaine de films en compétition – entre les films et documentaires américains ou étrangers, les avant-premières ou les coups de coeur (Spotlight) qui permettent au public américain de  découvrir des films comme The Lunchbox ou L’inconnu du lac. Et aux producteurs de trouver un distributeur. Car Sundance festival est avant tout un gigantesque marché, où les deals se signent dans les lobbies des hôtels, les soirées et autres happenings permanents dans une ville  où l’on voit pendant ces dix jours (du 16 au 26 janvier), bien plus de porteurs de badges larges comme deux smartphones que de skieurs dévalant les autotroutes de neige qui surplombent Park City.

Des films et du ski

Eclairées la nuit – on peut skier jusqu’à 20 heures – les pistes sont ainsi loin de la fréquentation des nôtres, sillonnées par quelques skieurs portant tous un casque, ce qui est plutôt paradoxal en matière de sécurité lorsque l’on monte sur des télésièges dont certains n’ont même pas de garde-corps… Scarry! La montagne est ici domptée tout comme la neige ce qui rend les descentes aussi ennuyeuses que la conduite sur les routes toutes droites, sans compter que pour la location de skis, il faut commencer par taper sur un ordinateur son poids, sa taille, ce qui donne l’impression de continuer sa journée de travail… La tablette, le smartphone sont en effet ici indispensables, le réseau Wifi partout dans la ville, afin de récupérer ses mails ou des billets pour entrer dans les projections. A part celles réservées à la presse, il faut en effet dans toutes les salles un ticket pour accéder aux projections – 20 euros pour le public – avec le plus souvent des séances sold out. D’où les listes d’attentes… sur Internet. Car pour remédier à l’attente dans le froid, malgré des braseros et des tentes prévues en cas de blizzard (grand soleil, cette semaine), on peut cette année tenter sa chance en récupérant un numéro à son nom. Voilà qui paraît fastidieux mais la vérité est que l’organisation est plutôt redoutable avec près de 2000 bénévoles vêtus d’une belle doudoune de ski bleue (quatre heures de travail contre une place) qui vous accueillent dans les salles, vous dirigent vers le bon bus, vous empêchent de vous garer – oubliez la voiture – et occasionnellement vous bloquent alors que la salle a encore plein de places… Reste que l’on finit toujours par rentrer surtout dans les films alternatifs – New Frontier films – comme l’ovni magnifique The Girl from Nagasaki ( inspiré par Madame Butterfly) du Suisse Michel Comte, croiser un acteur dans la rue ou entrer et boire ou manger des veggie burgers à l’oeil dans les nombreux spots sponsorisés par Mac Do, Airnb, Chase Bank et autres CNN qui donnent des millions pour être présents dans ce non profit festival qui n’a qu’un seul défaut: être à douze heures de vol de Paris…

Par Laetitia Monsacré

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs