7 août 2017
Carmen dans les ruines de Caracalla

Comme cela est l’usage lorsque vient la saison où la chaleur s’abat sur la Cité Eternelle, le Teatro dell’Opera de Rome prend ses quartiers d’été dans les Thermes de Caracalla. Baignée par le clair de lune, la magie de cette parenthèse de douceur et de verdure fait oublier des conditions acoustiques loin d’être optimales – avec un recours à une amplification acoustique inconsistante d’une soirée à l’autre. La programmation se concentre sur les grands titres du répertoire, souvent puisés dans la saison de Teatro Costanzi, et réserve à chaque édition une nouvelle production. C’est cette année le tour de Carmen de Bizet, réglée par Valentina Carrasco, collaboratrice de La Fura dels Baus depuis plus d’une décennie.

Carmen au Mexique

Si la transposition de la Séville dans le Mexique à la frontière américaine n’est pas nouvelle, la mise en scène tire habillement parti des dimensions du plateau de plein air. La contrebande de cigarettes devient un trafic de cannabis ou de haschich dont les sacs envahissent l’espace, avant que celui-ci ne se vide lors de la seconde partie de soirée, où le contexte géographique s’efface pour recentrer le spectacle autour de la tragédie amoureuse. La scénographie de Samual Blak, avec la complicité des lumières de Peter van Praet, investissent les ruines sur lesquels sont projetés les néons de cabaret ou les couleurs de la feria. Les mouvements chorégraphiques imaginés par Erika Rombaldoni et Massimiliano Volpi ne parviennent pas cependant à contrebalancer une direction d’acteurs passablement brouillonne dans les tableaux de foule, dispersant parfois l’identification des personnages.

Bizet n’abdique jamais

Dans le rôle-titre, Ketevan Kemoklidze affirme une parenté avec la séduction latine de l’héroïne : elle ne cherche pas à se limiter au stéréotype, et gagne en consistance au fil du drame. Le Don José campé par Andeka Gorrotxategui privilégie ça et là la crédibilité psychologique à l’impact purement vocal, sans que celui-ci ne démérite pour autant. En Escamillo, Fabrizio Beggi démontre la solidité un rien hâbleuse que l’on retrouve dans le Zuniga de Gianfranco Montresor, tandis que Roberta Mantegna ne néglige pas la sensibilité de Micaëla. Daniela Cappiello et Anna Pennisi forment en Frasquita et Mercedes une joyeuse paire à laquelle répond celle formée par le Dancaïre d’Alessio Verna et le Remendado de Pietro Picone. Giang Outre l’intervention de Timofei Baranov, membre du projet « Fabbrica » que l’institution lyrique romaine consacre aux jeunes artistes, on n’oubliera pas les enfants de l’Ecole de chant choral du Teatro dell’Opera, qui rejoignent les choeurs préparés par Roberto Gabbiani. Quant à la direction de Jordi Bernàcer, vu dans la fosse de Vérone il y a quelques semaines, elle restitue la vitalité du chef-d’oeuvre de Bizet, en dépit d’une justesse parfois mise en danger.

Par Gilles Charlassier

Carmen,Thermes de Caracalla, juillet-août 2017

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