2 septembre 2016
Divines, le choc

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Dans un calendrier qui ne fait pas de cadeau aux films sortis cet été, à part Camping 3 d’une indigence pourtant absolue- eh oui, on est allé le voir en se disant que rire un peu ça ne fait pas de mal…, le bonheur par ailleurs de découvrir ce Tony Erdman qui a fait sensation sur la Croisette mais, sorti fin août, n’a pas pu être dégusté par le plus grand nombre, voilà en cette semaine de rentrée, Divines qui sort enfin; Caméra d’Or en mai dernier à Cannes- un prix équivalent à la palme d’Or pour saluer un premier film, c’était le coup de tonnerre de la Quinzaine des réalisateurs, le film dont tout le monde parlait. “T’as du clitoris” pour remplacer le “t’as des couilles” habituel, les critiques sont unanimes pour applaudir ce film qui ne donne pourtant pas très envie; des filles de banlieue qui trafiquent et jurent, bof. Et pourtant, du Mans à Marseille, le public devrait se précipiter voir ce bijou absolu, d’une rare maitrise, associant des dialogues étincelants à Vivaldi, le trafic de drogue à la danse et sans jamais faire dans le misérabilisme, parvient à nous montrer la banlieue, immeubles tombant en ruine pour les plus chanceux, camps rom pour les autres. Car à moins d’accepter un BTS hôtesse d’accueil pour “nous aider à être les larbins de la société”, il n’est pas facile pour ces filles, qui volent des barres chocolatées sous leur niquab pour les revendre, d’espérer s’en sortir et de tomber dans le “money, money”, le vrai comme celui que Rebecca, la dealeuse de la cité ( “Mon frère, c’est l’oseille”) gagne. Dounia, la bâtarde d’une mère paumée, a la rage de s’en sortir; d’accepter de prendre des coups; de siphonner de nuit des réservoirs pour remplir des bidons; de se faire tabasser par un acheteur de dope; de se faire mater par un dealeur, “comme si elle était un BigMac au milieu du ramadan”, tout cela avec Maimouna, sa copine à la vie, à la mort-au sens propre du terme. Et de rêver d’une autre vie bien loin de sa cité, comme à Phuket, au volant d’une Ferrari-une des plus belles scène du film. Il y a ici de la virtuosité dans le jeu des actrices, Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena et de la réalisatrice, Houda Benyamina avec au final, un film qui résonne longtemps après être sorti, véritablement KO; c’est rare et toujours bon signe…

LM

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