27 octobre 2016
Requiem pour un Président

jijwi

Et si François Hollande était son propre adversaire ? Pas Nicolas Sarkozy, pas Alain Juppé, pas Marine Le Pen, ni même Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron ou bien encore Manuel Valls, mais bien lui-même. Ses trop nombreuses et franchement suicidaires confidences, sa trop grande confiance en lui et sa certitude illusoire concernant la faiblesse de ses concurrents, ne seraient- elles pas le terreau favorable à sa propre défaite. Lui qui, à n’en point douter et comme tous ceux qui l’ont précédé, a sans doute pensé à sa réélection le jour même de son entrée à l’Elysée, pourrait-il être le fossoyeur de ses propres ambitions ? Pourrait-il par excès d’égo devenir dangereux pour lui-même et agir si inconsidérément que l’hypothèse d’un second mandat ne soit plus qu’une chimère? Assistons-nous dès lors au suicide conscient du Président de la République ? Sommes nous en cette fin octobre 2016 les témoins de la déchéance politique et électorale d’un homme ? La mise en bière du Président semble imminente, déjà le catafalque de la gauche de gouvernement est installé, reste désormais à savoir si François Hollande vissera lui- même les clous de son propre cercueil ou s’il nous reviendra, citoyennes et citoyens, d’envoyer pour longtemps le socialisme finissant au trépas.

Comme un demi-deuil

Les us liés à la mort ont tendance à disparaître dans nos sociétés modernes. Il fut une époque, lorsque le grand deuil était passé, où il était habituel de porter le demi-deuil. Une période de recueillement certes mais moins sévère, la peine commençant à s’estomper. La précampagne que nous vivons s’apparente sans mal à cette tradition. Le grand deuil, celui de nos illusions, de 2012 et de ses promesses, de la réduction du chômage et d’une société moins fracturée, est passé, il est temps que nous sortions de l’abattement. Quelles perspectives ? Funestes si l’on en croit tous les adversaires de François Hollande. Comme les médecins de Molière, au lieu d’encourager la guérison, à droite tous se proposent de nous décharner encore plus. Pour les frontistes il faut s’enfuir, rejeter le passé et vivre en ermite pour oublier nos souffrances. Pour les communistes, les anarcho-trotskistes, le deuil doit nous conduire à tout briser, tout renier et à tout révolutionner. Quand à la gauche de gouvernement, habile, maline et roublarde, elle répond d’une voix douce et déterminée à nos suppliques. Elle nous certifie que les remèdes des autres pour sortir de notre dépression et reprendre goût aux joies du quotidien sont des potions trop amères. Elle nous assure que les changements promis seront trop violents et à coup sur briseront notre faible consistance. La gauche de gouvernement nous propose donc de prendre notre temps pour nous reconstruire après les épreuves. Et de faire confiance au Président sortant.

La légitimité du père

Et qui mieux qu’un père – même figuré, comme le père d’une nation blessée – pourrait répondre à nos attentes ? Certes pour l’instant le paternel installé rue du Faubourg Saint-Honoré est bien loin d’être capable de nous porter. Il est trop faible, trop lointain, trop incertain de caractère, trop fuyant et joueur pour que nous ayons confiance en ses capacités. Mais la volonté des hommes est parfois redoutable lorsqu’il s’agit du pouvoir. François Mitterrand avait pour habitude de dire que l’on ne peut rien contre la volonté d’un homme. Comme il avait raison ! Rien n’est impossible à celui qui croit en son destin. Aucune action ne peut être entravée lorsque celui qui la commet a ses certitudes et sa foi en lui-même chevillées au corps. Oui François Hollande est mourant mais comme un Volpone méticuleux et habitué aux combines il attend patiemment que tous se

découvrent avant que de clairement exposer son jeu, ses cartes et ses atouts. Et tenter un pari. Son plus grand pari. Sortir la France du désespoir – qu’il a pourtant avec d’autres contribué à créer – et s’assurer dans l’Histoire une douce place au soleil. Quelle stratégie pour y parvenir ? Elle réside en un seul mot : la légitimité.

Une primaire salvatrice

Comment cet homme si illégitime, désavoué depuis quatre ans et demi, ridiculisé par son ex, moqué pour son inconsistance et son indécision pourrait-il retrouver une posture digne lui permettant non pas de gagner mais tout au moins de se lancer sans moquerie dans la grande bataille des présidentielles? Jean-Christophe Cambadélis lui a fait ce cadeau: une belle primaire ! Quoi de mieux pour un monarque fatigué et contesté que de se refaire une santé sur le dos de ses anciens suzerains, obligés, ministres, admirateurs ? Quoi de mieux pour une rémission que d’être maître de son temps ? Car rien ne se passera avant janvier. Qu’il se déclare ou non, qu’il y aille ou non, François Hollande ne se précipitera pas. En tout cas pas avant la fin de la primaire de droite afin de pouvoir soupeser et apprécier, selon le gagnant, les rapports de force et les fractures consécutives à un choix qui sans aucun doute laissera des traces. La primaire de la gauche c’est sa chance ! Et croyez bien qu’il va la saisir. Une bonne bataille avant la vraie guerre, François Hollande n’en demandait pas tant, merci Camba ! Il va ainsi pouvoir démontrer grâce aux diatribes de ses compétiteurs que seule sa politique était la bonne, seule sa politique ne représentait pas une aventure. Il va pouvoir démontrer son autorité et sa fermeté. Bref, le président de la République va pouvoir, avec cynisme, instiller l’idée qu’il est le seul à pouvoir emmener la gauche au second tour. Mais qui le croira ?

Cela suffira-t-il ? Personne ne le sait. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pourraient bien lui faire la peau mais si il n’y va pas, son pédalo dont l’équilibre est déjà précaire fera naufrage. Peut-il encore se débarrasser du masque de la mort qui semble s’être déposé sur son visage et son destin ? Nul ne peut répondre mais s’il n’y arrivait pas qu’il se rassure, l’encens est prêt, les cierges aussi, la messe de funérailles et d’hommage sera belle. Et tous lui rendront hommage, il ne faut jamais insulter l’avenir.

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs