31 janvier 2017
A qui perd gagne !

Quel dimanche ! Une victoire, celle de Benoît Hamon, franche et méritée. Une défaite, celle de Manuel Valls, violente mais pourtant prévisible. Une plaidoirie, celle de François Fillon, avocat de sa propre candidature. Un grincement de dents, celui de Jean-Luc Mélenchon dont le résultat de la primaire n’arrange pas les affaires. Une certaine jubilation, celle d’Emmanuel Macron dont l’espace au centre-gauche est soudain élargi. Un silence enfin, celui de Marine Le Pen qui n’a pas besoin de se faire entendre pour consolider son avance. Quel dimanche ! La campagne commence enfin, tous les acteurs majeurs sont là. Seront-ils tous sur la ligne d’arrivée le 23 avril ? Qui la franchira aux deux premières places ? Et dans quel ordre ? Jamais sans doute campagne présidentielle n’a été si incertaine, si fragmentée. L’échiquier politique semble chaque jour se recomposer sous nos yeux. Qui saura le mieux tirer son épingle du jeu ? Réponse dans moins de 90 jours.

L’énigme Fillon

Vainqueur d’Alain Juppé par KO il y a un peu plus de deux mois, voilà le favori de la droite et jusqu’ici des sondages, groggy par une sale affaire, en chute libre dans les enquêtes d’opinion et presque en voie de balladurisation. Alors est-il trop tôt pour estimer que sa candidature est définitivement obérée ? Là réside la question et sans doute devrons nous attendre les prochaines vagues de sondages pour savoir si il y a décrochage ou pas. Mais déjà dimanche, au soir de son premier grand meeting parisien, un sondage ne le place plus qu’à un point devant Emmanuel Macron pour la qualification au second tour. Mauvais présage ? Réel danger ? Les 15000 militants réunis à la Villette, malgré le trouble suscité par les révélations du Canard Enchaîné et il faut bien le dire une défense bien faiblarde et maladroite de la part de Fillon lui-même et de ses soutiens, lui ont réservé un accueil fervent. Et François Fillon, avec son cuir dur et son ton résolu n’a ménagé personne. Dénonçant à la fois les loups, la gauche de Mélenchon, celle de Hamon, la bulle Macron et l’extrême gauchiste Marine Le Pen, il a voulu démontrer qu’aucune attaque ne le ferait dévier de sa route. Célébrant la France libre, référence absolue au Général de Gaulle et aux heures sombres de notre histoire, il a voulu marquer l’importance du choix que nous allons être amenés à faire en avril et en mai. En dramatisant ainsi le ton de la campagne, il a voulu dénoncer les abandons, les errances, les utopies, les marchandages, les mauvaises habitudes, les compromissions et les épiciers d’espérances. Mais est-il encore crédible ? Comment cet homme à qui l’avenir semblait assurer une victoire confortable et presque inévitable a-t-il pu se retrouver dans cette position de faiblesse ? Il va devoir très vite se remettre de cette mauvaise séquence sans quoi son futur risque bien d’être sombre. Alors que l’impression d’un manque d’entrain pour sa campagne, ses thèmes et son projet était déjà bien présente dans l’air, le voilà désormais en position de challenger, soutenu par politesse par la droite, qui au fond n’a jamais cru en son programme, en son charisme et en sa capacité à incarner l’alternance. Il va devoir convaincre son camp à nouveau, comme si l’onction de la primaire s’était déjà évanouie. Il va devoir convaincre les centristes, groupuscules tatillons et fines bouches qui manquent sévèrement de lucidité et qui sans aucun doute dans une contorsion idéologique et morale qui ne les effraie pas pourraient bien se tourner vers Macron ou le vétéran Bayrou si ce dernier se pique d’une énième lubie présidentielle. Il va devoir convaincre toute une partie des français déjà inquiets de la radicalité de son programme et aujourd’hui décontenancés face au soupçon qui désormais accompagne sa réputation et son image. Tant de chemin à effectuer, tant d’arpents d’une pente, qu’il ne pensait sans doute pas dévaler aussi vite, à remonter. Tant de boulot et si peu de temps. Si d’ici la mi-mars il ne réussit pas à inverser les choses, à imprimer sa marque, à faire entendre sa voix, alors tout sera foutu. Sauf si…

Macron et la gauche

Sauf si Emmanuel Macron aujourd’hui menaçant s’effondre, s’effrite, se délite. Pour l’instant ce dernier est le chouchou des médias. Désormais installé dans le trio de tête, avec un étiage aux alentours de 20% des voix au premier tour, le roublard banquier ne va pas manquer d’être attentif à chacun de ses pas et à chacune de ses déclarations. Ses adversaires vont tenter de faire tomber les masques, ils vont dénoncer son absence de programme, la faiblesse de ses propositions, la disparité idéologique de ses soutiens. Ils vont le décrire, du fait de la défaite de Manuel Valls comme le seul hériter de François Hollande. Alors qu’Emmanuel Macron pensait incarner le renouveau il est en fait l’hériter du quinquennat. Le seul qui n’a pas refusé le social-libéralisme assumé du Président de la République. La victoire de Benoît Hamon, belle victoire, victoire de la ligne des frondeurs, est pour Emmanuel Macron une mauvaise nouvelle car si la gauche de la gauche est capable de se fédérer alors elle peut devenir dangereuse. Mais que Macron se rassure. Malgré les appels à l’unité, cette dernière n’est pas à l’ordre du jour. D’autant plus après la diffusion de ce sondage dès hier soir, qui installe Benoit Hamon à 15% au premier tour et Jean-Luc Mélenchon à 10%. Intéressant sondage dans lequel Mélenchon a perdu plus de cinq points en l’espace d’une semaine. Benoît Hamon quant à lui donné en cinquième position, entre 7 et 8%, il y a encore quelques jours, a déjà presque doublé son score. Autant dire que les prévisionnistes et les experts sondagiers qui poussaient au renoncement du candidat issu de la primaire de la gauche en sont pour leurs frais. Désormais, la pression est sur Mélenchon. Dès hier soir, débats après débats, plateaux après plateaux, la pression médiatique s’était déjà retournée en faveur d’un Benoit Hamon qui sans doute n’en espérait pas tant. C’est à n’y plus rien comprendre. Rien !

En attendant, une seule ne parle pas, ne fait pas de bruit mais consolide sa place au premier tour. Avec sa convention le week-end prochain à Lyon, la campagne du Front National commence enfin. En même temps pas besoin de se fatiguer quand tous les autres travaillent pour vous. On pensait que le résultat de la primaire de la gauche apporterait de la clarté, on se retrouve encore plus dans le brouillard que la semaine dernière. Les candidats de gauche seront-ils sages et conscients des dangers de leurs batailles d’égos ? La droite et le centre sauront-ils se rassembler ? Aucune idée, mais ils devraient tous commencer à ravaler leurs pompeuses ambitions au risque sinon d’offrir sur un plateau la France à Marine Le Pen.

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs