7 juin 2017
Emmanuel Macron ou le pouvoir des hommes

Ça a bien commencé. Trop peut-être ? L’exercice qui consiste à la recherche de la perfection permanente peut être séduisant le temps d’une campagne législative – cinq petites semaines – surfant sur une belle dynamique présidentielle mais il faudra s’interroger sur sa pertinence sur la longueur. Voire même s’interroger sur sa viabilité tout au long du quinquennat. La perfection macronnienne saura-t-elle résister à ce qui fait le sel de la vie : l’inattendu ? Avec ce petit plus, rien que pour le plaisir de nos gouvernants, qui fait qu’en politique l’inattendu peut se révéler d’une dangerosité extrême. Qu’ils demandent à ce pauvre François Fillon qui se voyait déjà président avant les révélations du Canard enchaîné ou à ce pauvre François Hollande qui se voyait candidat à un deuxième mandat et peut-être même réélu avant que n’apparaisse dans le ciel bien terne de son quinquennat la météorite Macron qui a tout chamboulé. Oui l’inattendu et la perfection ne font généralement pas bon ménage. La force du nouveau Président résidera dans sa capacité à gérer l’imprévu et à le gérer autrement que par de grosses ficelles dont les français seront vite – ils font preuve pour l’heure d’une incroyable bienveillance à l’endroit du nouvel élu – gavés et écœurés. Que le Président n’oublie pas de donner du sens et de la profondeur à chacun de ses actes et à chacune de ses prises de parole ou sinon les français se détourneront de lui aussi vite qu’ils l’ont trouvé attractif et charmant. Le problème majeur de ce quinquennat qui commence ne réside pas dans les affaires ou les suspicions qui émaillent le quotidien. Il réside dans la perception que les français auront de leur Président, de leur Premier ministre, de leur gouvernement et de leurs futurs députés. Irréprochables, à cheval sur la morale et la moralité, compétents, hors des jeux politiciens, prêts au compromis et à la concorde, régaliens, incarnés, dignes ! Quelle mission quasi impossible !

Casting rêvé ?

Ca a bien commencé. Trop peut-être ? Que cela plaise ou non aux sceptiques et aux râleurs de tous ordres, les premières semaines du quinquennat Macron marquent une rupture positive auréolée de quelques coups d’éclat savamment distillés. Après une élection en forme de plébiscite, en sauveur de la République et de ses valeurs face au danger mariniste, en promoteur d’une France réconciliée et moderne, après une scénographie mitterrandienne et une passation des pouvoirs sans aucun accroc, le casting gouvernemental aura laissé baba les plus réticents. Un Premier ministre de droite, incarnation du quarantenaire boboïsant à la barbe naissante, symbole du progressisme et du dépassement des chapelles partisanes. Un gouvernement paritaire, ouvert, d’experts, de poids lourds de tous bords, agrémenté de jeunes pousses ambitieuses. Bref depuis presque un mois la France semble se réveiller d’une torpeur, d’une longue période de noirceur et de déprime. Le moral des français semble repartir à la hausse. Les citoyens semblent prêts à donner à Emmanuel Macron les moyens de mener sa politique. On oublie même que François Bayrou, prêcheur fabuleux de sa propre paroisse, était déjà ministre sous Balladur, Mitterrand et Chirac. On oublie même que les portefeuilles régaliens sont trustés par des hommes à la soixantaine bien prononcée. On oublie même que les femmes, mise à part Sylvie Goulard au ministère des Armées – appellation délicieusement ringarde et messmérienne – occupent des postes certes prestigieux mais protocolairement moins bien classés. Beauvau, le Quai d’Orsay, la Chancellerie, Bercy, la rue de Bellechasse sont tous aux mains des hommes ! Renouveau ? On pourrait sourire de cet état de fait bien peu moderne si le Président Macron n’avait pas rabâché tout au long de sa campagne son ambition pour une égalité plus juste et réelle entre les femmes et les hommes. Mais les habitudes sont tenaces. Le pouvoir se conjugue encore au masculin en France ! Pour le progressisme on repassera.

Emmanuel roi du monde ?

D’ailleurs cette appétence macronnienne pour une certaine forme de virilité au pouvoir se retrouve dans les actes présidentiels effectués à l’étranger. Le pouvoir est royal et le roi est un homme. Emmanuel Macron qui s’inscrit en droite ligne et en héritier – pour la posture seulement – du Général de Gaulle et de François Mitterrand sait combien la démonstration d’une force masculine est synonyme en France de sécurité, d’incarnation et un motif de fierté. Instincts grégaires d’une société qui n’a pas encore dépassé les reflexes pavloviens d’un patriarcat pourtant moribond. La France s’est donnée à un homme qui ne se refuse en aucune manière à incarner cette sorte d’essence personnifiée de la Nation. Oui il est à l’aise dans le grand concours de virilité qu’impose le monde d’aujourd’hui entre un Donald Trump ambitieux, un Vladimir Poutine sans aucune peur et des fondamentalistes islamistes qui envoient se faire péter – entre autre – aux quatre coins du monde et en particulier de l’Europe des fanatiques illuminés qui se donnent pour mission d’assassiner et de brutaliser les mécréants qui vivent dans des sociétés faites de mixité et de liberté pour les femmes. Sans faire de raccourcis trop dangereux, force est de constater que le monde instable dans lequel nous vivions ressemble farouchement à un vulgaire concours d’adolescents mesurant leurs attributs et se gargarisant de leurs exploits. La scène de la poignée de main entre Trump et Macron, analysée et décortiquée sous tous ses aspects, célébrée aussi comme une preuve tangible que notre Président « en a », démontre bien que nous sommes encore et toujours à l’ère de la testostérone. Les femmes fortes semblent affaiblies, au premier titre Angela Merkel qui toute puissante hier sonne aujourd’hui le tocsin en Europe sentant bien que ses prérogatives vont être mises à mal par ce débordement d’hormones mâles. Macron, Trump, Poutine, Renzi qui trépigne de participer à nouveau à ces agapes viriles, on repassera pour la vision postmoderne des choses de la vie !

Cela a bien commencé ! Trop peut-être ? A nous d’en décider dès dimanche. Parti unique ? Cohabitation ? Insoumission ? Marinisme ? Quoi qu’il en soit Emmanuel Macron ne semble pas douter de lui. Voilà bien, une fois encore, un attribut bêtement masculin, la certitude de soi ! Aura-t-il les reins suffisamment solides ? Premier élément de réponse dimanche à 20h !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs