30 novembre 2016
Fillon : la revanche de Mr Nobody

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On pourrait sans difficulté s’imaginer entendre Léon Zitrone commenter la course folle et surtout la remontée improbable de François Fillon dans ce concours politique qu’a été la primaire de la droite et du centre ! Voix stridente et nasale on l’entend s’époumoner sur les prouesses d’un cheval sur lequel bien peu avait misé. Casaque bleu-libéral, toque traditionnelle rehaussée de sourcils broussailleux, le canasson sarthois à la robe un peu terne a surpris tout le monde en revenant du diable vauvert et presque d’entre les morts. Mais le voilà premier sur la ligne devançant ceux à qui les sondages et leur égo avaient promis une victoire tranquille, à pas feutrés, facile, sans grands efforts. Mais l’opiniâtre, le besogneux et l’austère châtelain de l’Ouest ne s’est pas reposé sur ses lauriers ou ses acquis. Il n’avait que la victoire en ligne de mire et s’est, lui, donné les moyens d’y parvenir. Une course lente, laborieuse et puis un surgissement superbe qui a mortifié sur place ceux qui avec une condescendance jamais feinte ne voyaient en lui qu’un concurrent certes sérieux dans ses propositions – si tant est qu’ils les aient lues – mais un concurrent de seconde zone. Ils ont commis l’erreur de croire qu’eux, Sarkozy et Juppé, ne s’ébrouaient pas dans le même champ. Quelle méprise !

Un gail thatchérien ?

Ce n’est pas le prix de l’Arc de Triomphe ou les 24 heures du Mans, bien qu’il se soit comparé à Jacky Ickx en 1969, lui aussi victorieux au terme d’une folle épopée, mais tout de même la victoire est belle. Et dimanche soir malgré sa retenue il était possible de déceler l’émotion qui surement devait l’étreindre. L’émotion d’un homme déconsidéré qui a su se dépasser et qui jamais n’a cessé d’avoir foi en son destin. Il a décroché le pompon, désormais tout commence ! Avec plus de 66% la dynamique semble bien enclenchée et la confiance des électeurs de la primaire est un sérieux booster ! Avoir été désigné nettement donne à François Fillon une sérieuse longueur d’avance sur ses autres concurrents et en particulier sur tous les plus-ou-moins-candidats, les peut-être-candidats, les candidats-je-me-prépare, les-candidats- à-la-candidature. Cette véritable implosion des ambitions à gauche ressemble à un suicide en bonne et due forme. Et les attaques assez molles sur le programme du désormais candidat de la droite et du centre démontrent combien le désarroi est profond. Seul Jean-Luc Mélenchon qui avec beaucoup de dignité a félicité François Fillon en célébrant un homme de convictions s’est dressé comme un véritable adversaire. Mais la rhétorique anti-Thatcher est bien faible. Faible pour trois raisons. Tout d’abord François Fillon n’est pas Margaret Thatcher! Deuxièmement la France de 2016, bien qu’elle soit en mauvais état n’est pas le Royaume-Uni de 1979. La France n’a pas demandé de prêt au FMI, les syndicats français sont une nuisance bien mesurée comparé aux exigences absurdes de leurs congénères britanniques d’il y a 37 ans. Le déclin n’est pas là même si se propage de plus en plus un sentiment de déclinisme – d’ailleurs formidable agent électoral pour les pythies et les prêcheurs de malheur de tous ordres – et puis s’il y a faillite de la gauche, François Hollande n’est ni Harold Wilson ni James Callaghan ! Enfin une ultime raison permet de cerner les limites de ce chiffon rouge agité pour susciter la peur : l’adhésion claire des participants à la primaire à ce projet ! Les électeurs ont décidé en conscience que le projet de François Fillon répondait le mieux à leurs attentes, à leurs ambitions, à leurs souhaits. On peut s’en offusquer, être en complet désaccord avec les mesures préconisées par le héraut du libéralisme à la française, être vent debout contre sa vision de la société française, être dubitatif sur sa russophilie ou son rapport souverainiste à l’Europe mais assurer avec mauvaise foi que les électeurs n’ont pas fait un choix basé sur une lecture claire de l’ambition de François Fillon est en un sens presque un déni de démocratie. Enfin, le peuple c’est parfois tellement surfait ! Quelle erreur !

Définir le fillonisme

Désormais tout commence ! Ce véritable succès populaire conforte François Fillon dans sa philosophie et ses réflexions. Ce succès populaire novateur pour la droite plus habituée aux oukases du chef et au bonapartisme a permis une clarification de sa pensée. Le sarkozysme est mort, le juppéïsme – s’il a un jour existé – est subclaquant, le chiraquisme appartient à l’Histoire, le gaullisme est devenu galvaudé, utilisé par tous, reste donc à définir le fillonisme. Est-ce un conservatisme souverainiste ? Un conservatisme libéral mâtiné de traditions ? Est- ce une pensée révolutionnaire? Une ambition profonde pour refonder les matrices intellectuelles, les logiciels idéologiques et politiques ? Certains prédisent déjà une casse sociale, le désarroi, la désespérance, un déclassement encore plus dur, une mondialisation encore plus violente, une disparition inéluctable des services publics et du modèle social français hérité de l’après-guerre. Certes le programme de François Fillon est une rupture tranchante avec nos habitudes. Mais le patient mal en point ne mérite-il pas que toutes les cures soient envisagées pour le guérir ? Chacun exposera sa médecine et nous choisiront une fois de plus en conscience. Mais François Fillon doit très vite rassurer, exposer, expliquer, définir, éclaircir au risque de se retrouver pris au piège de sa propre audace. Il doit très vite définir lui même ce qu’est le fillonisme ou sinon il commettra une erreur stratégique.

Alors que s’ouvre la séquence médiatique de la primaire à gauche, François Fillon doit faire attention à ne pas devenir inaudible car toutes les attaques sont désormais concentrées sur lui, même s’il est donné en tête du premier tour devant Marine le Pen. Reste que la route avant mai 2017 est encore longue…

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs