23 mars 2014
Délices surannés à Metz

Vanessa 3 - Metz © Arnaud Hussenot - Metz Métropole
Passé à la postérité grâce à son Adagio, même pour les non-mélomanes qui ont sans nul doute entendu cette fameuse page tirée de son Quatuor à cordes, dans l’un des nombreux films où il a été utilisé tels Platoon ou Elephant man ou encore lors des funérailles de Grace Kelly ou du prince Rainier III, Barber a aussi composé des opéras, à l’instar de Vanessa. L’ouvrage reçut le prix Pulitzer à sa création en 1958 et continue d’être régulièrement joué aux Etats-Unis. Preuve de mœurs culturelles différentes, l’œuvre reste rare en Europe, et il fallut attendre octobre 2000 pour qu’il soit enfin monté en France. C’était à l’Opéra de Metz, et la maison mosellane renouvelle son attachement à ce succès méconnu avec une nouvelle production venue d’Herblay par laquelle la pièce célébrait, en 2012, sa – tardive –  entrée en région parisienne.

Fascination de l’attente

Dû à son compagnon Gian Carlo Menotti – également compositeur –, le livret, inspiré par un des Sept contes gothiques de Karen Blixen, plonge le spectateur dans une demeure nordique baignée par l’hiver et la neige. Vanessa attend son ancien amant, Anatol, qu’elle n’a pas revu depuis vingt ans, quand arrive un homme, son fils, qui porte le même nom que son père, décédé. Il  séduit Erika, la nièce de Vanessa, le soir de son arrivée, mais ni l’un ni l’autre ne s’avoueront leur amour. Vanessa trouvera finalement en Anatol l’homme qu’elle espérait et quand ils partiront s’installer à Paris, c’est Erika qui fera à son tour peser sur la maison le voile de l’attente. Panneaux, fenêtres et miroirs, la mise en scène économe de Bérénice Collet installe l’atmosphère avec élégance et simplicité, fidèle à l’histoire sans lui être servile. Intime et feutré, l’ensemble ne sombre jamais dans la préciosité où l’on pourrait faire sombrer cette écriture habile.
Un tel écrin rehausse efficacement les belles incarnations que sont la Vanessa noblement corsée de Soula Parassidis s’épanouissant au plaisir qui contraste avec la plus ombrageuse Erika – Mireille Lebel, d’une touchante sincérité. Jonathan Boyd démontre une juvénilité et une fraîcheur qui siéent au personnage d’Anatol quand Hélène Delavault bougonne une baronne hautaine comme il se doit. L’ensemble de la domesticité complète ce tableau d’une société délicieusement surannée, même si chœurs et ensembles pourraient montrer une rigueur plus constante. Saluons enfin l’Orchestre de Lorraine à l’aide duquel David Heusel distille le génie cinématographique d’une musique généreuse écrite à une époque où l’Europe se soumettait à des avant-gardes plus austères. L’heure est venue de réparer les oublis de l’Histoire, et en cela l’Opéra de Metz s’y entend ici parfaitement.

Par Gilles Charlassier

Vanessa, Opéra de Metz, jusqu’au 25 mars 2014

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