29 décembre 2013

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Tandis que le Châtelet, assumant son rôle de porte-parole de la comédie musicale américaine à Paris, remet la version originale de My Fair Lady sur ses planches, c’est en traduction française qu’elle arrive, de Metz,  sur celles de l’Opéra d’Avignon. A l’heure où le snobisme du texte original constitue une évidence – merci les surtitres ! – Paul-Emile Fourny a choisi de mettre en scène l’adaptation française, comme cela pouvait être l’usage dans les théâtres hexagonaux avant l’internationalisation du monde lyrique.
Évidemment la gageure était double, puisque la pièce, inspirée du Pygmalion de George Bernard Shaw, joue sur le contraste entre l’accent cockney d’Eliza Doolittle et l’élocution élégante du Professeur Higgins qui veut faire l’éducation linguistique de « la marchande de fleurs issue des caniveaux ». Mais pour sacrifiée qu’elle puisse être, la gouaille originelle s’exporte très bien dans celle imaginée par Alain Marcel qui rappelle le parler des faubourgs parisiens. Rien qui n’empêche cependant de se sentir plongés dans le Londres du début du vingtième siècle. Pour factice qu’elle puisse être – le décor s’octroie d’ailleurs des clins d’œil au spectateur, à l’image de la façade de l’Opéra d’Avignon pour le tableau d’ouverture, à la sortie d’un théâtre –, la reconstitution fonctionne sans heurt. De l’import messin, on a gardé intacte la première partie de soirée, tandis que certaines séquences ont été éludées pour alléger la seconde – le mépris de ses anciens amis quand Eliza revient au marché aux fleurs, la rencontre avec Freddy – au risque de bousculer quelque peu une conclusion certes prévisible. Cela n’altère pas le plaisir de ce spectacle réglé façon Broadway avec ses étourdissants numéros dansés – claquettes de rigueur – assurés par le ballet de la maison vauclusienne, à l’enthousiasme contagieux.

Des interprètes irrésistibles

Et entourés par des solistes parfaitement au fait de leur partie, on aurait tort de s’en priver. Tandis qu’à Metz, Julie Fuchs équilibrait à merveille la rudesse du parler et un lyrisme frémissant de lumière, Chiara Skerath souligne davantage la présence théâtrale d’Elza Doolittle, qu’elle incarne avec une fraîcheur reconnaissable dans les morceaux chantés. Jean-Louis Pichon se révèle un Higgins aussi irrésistible que touchant dans la misogynie et la mauvaise foi. Lionel Peintre apporte son métier opératique au Colonel Pickering, joué en Moselle par Georges Beller. Catherine Alcover affirme une autorité sans faille en Mrs Higgins, tandis que Philippe Ermelier réalise pour le père d’Eliza, Alfred Doolittle, une impayable composition d’ivrogne anarchiste. Le Freddy Eynsford-Hill de Raphaël Bremard s’avère idéal de niaiserie et on ne peut que succomber aux apparitions de Jean-Claude Calon en Karpathy, l’élève roumain de Higgins. En fin connaisseur de ce répertoire, Dominique Trottein dirige ce petit monde avec entrain, et sait impulser à la célèbre partition de Frederick Loewe son rythme inimitable. Preuve que même sans la lettre, on peut retrouver l’esprit de Broadway : à Avignon, le pétillant de fin d’année est sauf.

GL

My Fair Lady, Opéra d’Avignon, jusqu’au 31 décembre 2013

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