21 septembre 2014
Besançon sous le signe de la musique

GhislieriCC(c)YvesPetit (2)
Si Aix-en-Provence ou Prades, havres de musique au cœur de l’été sous des latitudes méridionales, figurent parmi les pionniers des festivals français, Besançon et ses soixante-sept automnes n’est pas en reste. Avec le concours bisannuel de jeunes chefs, l’orchestre constitue le cœur de sa programmation. Cependant, cela ne l’empêche nullement de goûter aux plaisirs pianistiques ou lyriques, ainsi qu’en témoigne la soirée du vendredi 19 septembre, qui commence tout d’abord au Petit Kursaal avec un récital à quatre mains donné par Christophe Manien et David Berdery, chefs de chant reconnus et qui ont accompagné les présélections du 53ème concours de jeunes chefs en 2013, et reviendront pour l’édition 2015 – autant dire que ce piano-là entretient des relations privilégiées avec l’orchestre et la cité bisontine.

L’orchestre à quatre mains

Au demeurant, la Sonate en do majeur K 521 de Mozart fait entendre une richesse de couleurs et de textures qui élargit les limites du clavier, tandis qu’entre deux mouvements enlevés, l’Andante fait surgir une fébrilité teintée d’angoisse au milieu d’une apparence de sérénité : un condensé de l’art du génie de Salzbourg. Ampleur et dynamique valorisent également le jeu des deux solistes dans l’envoutante Fantaisie en fa mineur de Schubert, mais la sonorité un peu dure de l’instrument raidit l’intimité fragile et mélancolique de la partition. A n’en pas douter, le Gaétan Leroux se sent nettement plus chez lui dans la franchise et les éclats de la Fantaisie que Bizet a tiré de Carmen, avant que son opéra passe à la postérité. Et l’on reste dans le registre lyrique avec un bis de Messager et Fauré, Souvenirs de Bayreuth, métamorphosant la Chevauchée des Walkyries en un quadrille décoiffant.

Mozart à l’église

A peine une demi-heure plus tard, à vingt heures, rendez-vous dans la grande salle du Kursaal, pour un concert des Ghislieri Choir & Consort et, au menu, Mozart côté église et une soirée ponctuée par trois brèves sonates conçues pour les offices. Pages écrites pour l’offertoire – partie de la messe qui précède la consécration et la communication au cours de laquelle le prêtre place le pain et le vin sur l’autel – Inter natos mulierum  et Scande coeli limina font entendre le remarquable travail choral de l’ensemble dirigé par Giulio Prandi. Les Litanies « de Lorette » K 107, constituent quant à elles un bel exemple de fluidité et d’allant, esthétique culminant avec la polyphonie resserrée des Messes brèves de Haydn et à l’opposé de la picturalité baroque qui s’épanche dans des airs développés, comme dans le Gloria de Vivaldi : en sept minutes défilent les cinq phases de la messe, du Kyrie à l’Agnus Dei. On apprécie le relief d’un Sancta Maria aux allures concertantes où se distingue la soprano Ana Maria Lubin. On la retrouve, toujours aux côtés de Marta Fumagalli, Luca Cervoni et Marco Bussi, dans les vastes Vêpres solennelles du confesseur K 339, où Mozart fait la démonstration d’une impeccable maîtrise des différents styles religieux. Parées de la sensibilité latine des interprètes de ce soir, elles font résonner une lumière qui se passe d’évangile pour convertir. A Besançon, on a indéniablement foi en la musique.

GL

Festival de Besançon, du 12 au 21 septembre 2014

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