8 février 2012
Les raisins de la haine

Ce qui est merveilleux avec un bon vin, c’est que l’on sait avant même de l’avoir bu le plaisir qu’il va vous donner; dès le nez, un monde de promesses s’offre à vous. Le film de Gilles Legrand est à ce titre un grand cru et cela dès les premières images, accompagnées de l’envoûtant, voire quasi-extatique Cum dederit, ô combien célèbre troisième mouvement du Nisi Dominus de Vivaldi. De quoi flatter immédiatement les sens avant même que l’histoire de cette relation assassine entre un père et son fils ne se déroule sur fond de chai et de vignes filmés autour de Saint Emilion. Tu seras mon fils, à la force tout aussi pleine et puissante que le poème « Tu seras un homme,  mon fils »de  Kipling réussit dès lors à offrir une analyse psychologique d’une rare finesse avec  la description du travail de ces artisans au service du vin, ce bel  ouvrage que sont les vendanges  chaque année renouvelées pour obtenir le millésime qui dépassera tout les autres. Une passion que le fils Lorent Deutsch et le père Niels Arestrup partagent sans qu’elle ne leur permette jamais de pouvoir se rencontrer. Le père n’aime pas son fils et l’on sent dès leurs premiers échanges que, malgré tous les efforts de celui ci, cela ne changera jamais. Le ver est alors introduit dans le fruit avec le fils du régisseur qui, lui,  devient ce fils rêvé, ce fils prodigue si désiré. Les liens du sang contre ceux que l’on se choisit. Et qui ne manquent pas de provoquer des victimes collatérales, lesquelles l’emporteront. Delphine de Vigan, merveilleuse plume a cosigné des dialogues étincelants, ciselés comme les grappes de raisins- en ne gardant que le meilleur.
Quant au metteur en scène, il a su capter chacun des regards, des non dits que les acteurs-tous exceptionnels-jouent dans ce huit clos qui offre un bonheur esthétique à chaque plan comme cette vue aérienne de la Jaguar filant dans les vignes avant l’accident ou celui du cercueil brulant au crématorium comme dans les flammes de l’enfer. Ce cercueil en chêne qui n’aurait pas plu au père car ce dernier était « peu friand des arômes boisés ».
Bonne dégustation donc, l’ivresse sera puissante et rare quand vous ressortirez, heureux d’avoir découvert dans ce film le  meilleur assemblage que l’on puisse rêver, confirmant ainsi que la France est capable de produire des nectars en bouche – lesquels sont par essence en petite quantité…

LM

 

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs