16 février 2024
La zone d’interêt, malaisant

Grand prix au dernier Festival de Cannes et nommé cinq fois aux Oscars, voilà un film des plus éprouvant; fondé sur le subjectif, La zone d’interêt est un long métrage qui, en ne montrant rien de la shoah, ne fait que faire travailler l’imaginaire de chacun. Après la dizaine de films consacrés à l’extermination des juifs, tziganes, homosexuels, résistants ou autres dans les camps de concentration, de La liste de Schindler à l’insoutenable Le fils de Saul en 2015 où la caméra était placée à l’intérieur même des chambres à gaz, le réalisateur Jonathan Glazer a choisit d’illustrer la banalité du mal chère à Hannah Arendt; sa caméra ne quitte ainsi pas le jardin et la maison mitoyenne au camp d’Auschwitz où réside le SS chef du camp, avec sa famille. Enfants, chien, épouse ravie de cette aubaine de jouir d’une vie confortable, « C’est paradisiaque », juste gâchée quelque peu par les cendres acres qui font tousser avant de servir d’engrais pour ses fleurs et le bruit des trains qui délivrent leur cargaison; coups de feu, cris, aboiements des chiens, rien ne semble la déranger de ce qui se passe derrière le mur qui la sépare du camp. Une « sale petite juive » que son mari viole à l’envi-là encore l’acte n’est que suggéré- lui sert de « bonne à tout faire » rappelant  Le choix de Sophie, tandis que des prisonniers lui servent de jardiniers, main d’oeuvre inépuisable. Et si le chef du camp finit par vomir à l’abri des regards et la grand-mère écourte son passage sans un mot, le réalisateur crée avec une bande son des plus oppressantes un malaise dont le spectateur ne sort pas indemne, voir en état de choc, ce qui confirme que son pari est gagné. 

LM

Articles similaires