
Celle que l’on surnommait BB, deux initiales que Gainsbourg avait mis comme tant d’autres en musique, s’en est allée; en plein hiver, avant Noël, ce qui est logique pour cette femme qui savait tout faire, jouer, chanter, se mobiliser, n’aimant tant que soleil de Saint Tropez et sa famille d’adoption où les fidèles venaient de plus en plus à manquer. Ainsi, c’est un petit mois après son « frère », Jean-Max Rivière, qui avait rejoint la bande d’amis de la Madrague et en a fait une chanson en 1964, que la plus célèbre blonde au monde, après Marilyne Monroe, a quitté ce monde « dégueulasse ». Loin des plateaux, elle avait choisi de se dévouer aux seuls qui faisaient encore battre son coeur, après de multiples amants, les animaux. Un engagement quotidien, sans réserve, léguant tout à sa fondation, entre sa maison de Bazoche dans les Yvelines, ses effets personnels lors de vente aux enchères et bientôt la Madrague, devenue une infernale attraction touristique qu’elle avait depuis longtemps déserté. reste que dans les hommages qui ont suivi, on a évité de rappeler les propos d’extrême droite que l’ex-star avait pu proférer, vivant avec un homme proche du RN. Des prises de positions qui n’avaient pas manquées de choquer à l’époque mais qui sont devenus aujourd’hui banalisés, voire parfaitement acceptables pour douze millions de Français. Ses cheveux longs teints en blond, devenus gris, elle restait apprêtée pour les rares interviews qu’elle donnait encore, devenue une sorte de grande gueule, avec ce côté cash qu’elle avait développé au fil de sa carrière; entre des rôles de femme atteignant les sommets de l’érotisme- Et Dieu créa la femme de son premier mari, Roger Vadim en 1956, premier scandale ou le Mépris de Jean-Luc Godard avec la bande-son inoubliable de Georges Delerue et cette scène iconique, « Tu les aimes mes… », énonçant une à une les parties de son corps nu allongé sur le ventre à un Michel Piccoli insaisissable.
Les amants, les amis
Habillée et face à Gabin ou une Cour d’Assises, elle savait aussi y faire – En cas de malheur de Claude Autant- Lara, La vérité d’Henri-Georges Clouzot, elle tourna avec les meilleurs réalisateurs français comme Louis Malle, Vie Privée, Viva Maria! et aux côtés des comédiens stars des années soixantes, Sami Frey, Jean-Luc Trintignant dont elle avait l’habitude de tomber amoureuse. Amants et amis, de Jeanne Moreau, elle aussi chanteuse au talent certain, à ses fidèles, ils se retrouvaient alors chaque été dans ce petit port de la Méditerranée, avant les yachts obscènes de luxe et de longueur ou autres boites de nuits bling bling. Le marché tôt le matin, la Madrague était un lieu de chaleur humaine où « à la perte de l’été, on range les vacances dans des valises en carton », samba lente que Jean-Max Rivière, comme à son habitude (y compris pour Juliette Gréco ou Reggiani) avait trouvé en quelques accords venus tout seuls sous ses doigts de poète des petits rien de la vie. Tout cela semble bien loin…
Par Laetitia Monsacré












