28 mars 2014
Zola aurait-il aujourd’hui un blog?

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Avec Internet, est venu le temps d’une dilution de l’information sans précédent. Combien de millions d’opinions, d’articles publiés en pompant sur un site voisin-cela dans l’idée-fausse- que l’information sur le net est gratuite? Lorsque le Washington Post fait son meilleur score de clics avec un quizz ou le New York Times avec un module permettant d’avoir son nom savonné par John Travolta (cf la cérémonie des Oscars), voilà qui confirme que sur Internet, Grumpy cat -ces photos ou vidéos de chats, champions toutes catégories en nombre de vues- l’ont définitivement emporté sur le fond.  Quant aux réseaux sociaux, tout le monde peut aujourd’hui s’improviser journaliste comme en Malaysie où des millions de tweets ont relayé des rumeurs annonçant que l’avion disparu avait atteri sur une base-l’un des tweeters étant, à ses dires, carrément dans la tour de contrôle… Alors une question: Combien de pouces en l’air Emile Zola aurait-il recueilli s’il écrivait son “J’accuse” aujourd’hui? Combien d’antisémites cliqueraient-ils sur “déconseiller”, comme cela est possible sur Médiapart où Jim est allé faire un petit tour…voir lien) Et quelles chances aurait-il d’être entendu, d’être seulement lu ou encore de faire le buzz dans l’océan de vacuité qui constitue la quasi totalité de la toile? Il devrait en tous cas titrer “les 10 bonnes raisons pour ne pas condamner le capitaine Dreyfuss” afin que le moteur Google lui donne une chance d’arriver en tête de liste.

Crise des idées

Choisirait-il alors le papier? Mon kiosquier se désespère de ses ventes qui n’ont jamais été aussi faibles. L’écrivain  devrait de plus trousser son article de façon à ce que Serge Dassault (Le Figaro qui avait refusé à l’époque l’ article de Zola), Bergé/Niel/Pigasse (Le Monde, Le Nouvel Obs), le groupe Lagardère ou Amaury- quatre groupes détenant l’ensemble de la presse quotidienne française- y trouvent leur intérêt, c’est à dire celui de leurs annonceurs. Ce n’est en effet pas en achetant quasiment 2 euros votre quotidien ou en vous abonnant ( chaque nouvel abonné fait perdre de l’argent à un magazine entre les tablettes et autres cadeaux offerts- prouvant que le journal en lui-même a perdu toute valeur) que vous donnez les moyens à ces titres de vous informer.

La situation semble être dans une telle impasse que des écoles de journalismes ferment aujourd’hui au motif de ne pas vouloir former des “futurs chômeurs”. Alors ceux en place s’accrochent, donnent ce que l’on attend d’eux tandis qu’ en un tour de main, le pigiste a été remplacé par tous ces gentils contributeurs qui travaillent pour la gloire. Le plaisir d’avoir son nom publié comme j’ai pu l’expérimenter dans mes premiers articles, lorsque j’avais vingt ans et que seule la presse papier existait. Mal payée déjà, mais heureuse de faire partie de ceux qui informaient. Dénonçaient, enquêtaient, bref un métier noble dont il semble que l’on ait coupé la tête avec la révolution Internet. Et qui s’accompagne désormais de commentaires où l’égocentrisme du lecteur prévaut, souvent totalement hors sujet (genre “moi par exemple”).

Alors résister? Bien sûr, mais voilà qui fait penser chaque jour qui passe de plus en plus à un combat opposant David à Goliath…

Par Laetitia Monsacré

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