12 octobre 2015
Theodora triomphe aux Théâtre des Champs Elysées

 

THEODORA -

A en juger par le délire d’applaudissements au moment des saluts, avec sifflets et bravos sonores à l’avenant, nul doute que la Theodora des Théâtre des Champs Elysées s’annonce l’un de grands succès de la rentrée parisienne. Vingt ans après le vibrant plaidoyer contre la peine de mort de Peter Sellars à Glynderbourne, Stephen Langdrige se mesure à ce légendaire prédécesseur pour offrir à Paris sa première mise en scène-pas toujours très inspirée- de ce qui demeure musicalement l’un des plus fascinants ouvrages de Haendel.

Le denuement face à la luxure

Avec son histoire de chrétiens persécutés par les Romains et de martyres, la tentation était grande de coller au plus près d’une actualité tragique. C’est un parti pris inverse qui est ici choisi : quatre panneaux coulissant esquissent les lieux du drame, réduit à sa dimension esthétique, non dénuée au demeurant de vertus apaisantes – les lumières de Fabrice Kebour n’y sont pas étrangères. Certes, d’aucuns pourront regretter une lecture essentiellement illustrative, où l’on reconnaît sur un mur les photos des martyrs, tandis que des cierges ponctuent la prières de chrétiens simplement vêtus de blanc, contrastant avec les habits de soirée des sophistiqués et mondains Romains s’adonnant à une luxure un peu trop appuyée… Pour autant, elle a le mérite d’accompagner efficacement la musique, dont elle souligne les beautés profondes, à l’instar du bouleversant duo entre Didyme et Theodora à la fin du deuxième acte. Méditatif, le spectacle ne cherche jamais à impressionner inutilement par des conceptions qui gêneraient l’écoute.

Remarquable duo Watson-Jarroussky 

Avec un cast affichant les plus grandes stars de la scène baroque actuelle, on avait pris soin de choyer les attentes du public. William Christie, et ses incontournables Arts Florissants dans la fosse, connaît son Haendel sur le bout des doigts, pour l’avoir déjà enregistré au tournant du siècle, dans une gravure qui avait d’ailleurs fait référence. Côté solistes, les inconditionnels de Philippe Jaroussky se réjouissent d’entendre son chant diaphane qui sied admirablement à la ferveur de Didyme, à laquelle s’allie la pureté expressive et lumineuse de Katherine Watson dans le rôle-titre. Sans doute affaiblis par le trac de la première, Stéphanie d’Oustrac et Kresimir Spicer sacrifient parfois la perfection vocale à l’intensité de leurs personnages, Irène et Didyme, l’une par une tension ça et là trop ostensible, l’autre par des attaques un rien accusées. Outre le Valens de caractère joué par Callum Thorpe, on n’oubliera pas les choeurs, littéralement impressionnants, qui participent de la réussite d’une spectacle beau, à défaut d’être dérangeant. Sans doute ce qu’est venu chercher le public de l’Avenue Montaigne…

GC

Théodora au Théâtre des Champs Elysées jusqu’au 20 octobre 2015

 

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