19 mars 2014
Les Chevaliers de la Table Ronde dans les tranchées

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Rideau de scène version drapeau bleu-blanc-rouge, l’Opéra du Rhin a semble-t-il trouvé la parade en cette période électorale. Revisité par Keith Warner, Le Roi Arthus de Chausson, ouvrage trop rare que l’institution alsacienne a le mérite de programmer, célèbre le centenaire de la première guerre mondiale, déchirement national que la région frontalière a connu en première ligne et qui n’a pas besoin des explications du metteur en scène pour être compris en ces terres où le vote nationaliste ne manque pas d’audience. La victoire des Celtes sur les méchants Saxons devient ainsi revanche sur les non moins cruels Teutons, carte d’état-major à l’appui. Le second acte se déroule dans une réserve d’obus tandis que dans le dernier, Genièvre se pend sur le toit d’un bunker, avant que le général Arthus ne revête l’armure des chevaliers de la Table Ronde, viatique pour l’éternité de la légende, destinée attendue de l’histoire.

Des échos familiers

Sans manquer d’une certaine cohérence, la transposition politique et militaire prend trop délibérément le contrepied du Moyen-âge du livret pour faire ressortir tel un album familier les situations wagnériennes dont il regorge – impossible de prétendre à l’exhaustivité, mais retenons par exemple la jalousie de Mordred et l’amour interdit entre Lancelot et Genièvre qui font songer à Tristan quand l’intrigue s’inscrit dans la lignée des Lohengrin et Parsifal, et que le pommier de Merlin rappelle Erda et le frêne de la Tétralogie. Si la partition de Chausson ne saurait se limiter à un pastiche – les influences ne se limitant pas à Wagner, la construction du premier acte relevant de la tradition française –, toute son originalité réside dans les échos qu’elle fait entendre d’une manière toute personnelle et que l’on aimerait retrouver sur scène comme dans un jeu de pistes détournées. La fameuse chevauchée de l’ouverture rappelle ainsi celle des Walkyries, mais l’écriture comme l’orchestration, plus souple, n’en sont pas pour autant une imitation servile.

Une production décevante

Après une relative raideur en début de représentation, l’Orchestre Symphonique de Mulhouse apprivoise l’acoustique des lieux et livre sous la baguette de Jacques Lacombe une lecture dynamique et plutôt nuancée, réservant ainsi aux mélomanes l’essentiel des satisfactions de cette production. Car, hors le Merlin solide et inspiré de Nicolas Cavallier, le plateau vocal peine à se mettre à la hauteur de l’œuvre et du style. Certes, dans le rôle-titre, Andrew Schroeder fait de louables efforts d’incarnation qui se finissent par porter leurs fruits au fil du spectacle. Après une Vestale inintelligible en octobre dernier, Andrew Richards surprend d’abord agréablement par un certain travail sur la langue française, mais se laisse piéger par des aigus incertains et une voix parfois forcée. Victime sans doute d’un rôle ingrat, Elisabete Matos aurait sans doute bénéficié de plus d’indulgence dans le répertoire germanique. La grande attente que suscitait ce Roi Arthus explique sans doute la déception qu’il suscite ici, et l’on peut du moins espérer que les représentations parisiennes la saison prochaine sauront mieux lui rendre justice.
Gilles Charlassier
Le Roi Arthus, Opéra du Rhin, à Strasbourg jusqu’au 25 mars et à Mulhouse les 11 et 13 avril 2014

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs