21 mars 2012
Faut il (encore) aller au salon du livre?

Quatre pauvres petits jours. C’est court pour trouver et choisir dans les millions de pages, la forêt de livres qui semble en avoir décimé des bien réelles faites d’arbres, le livre qui vous fera passer de ces heures de lecture dont on se souvient et qui continuent de vous accompagner par la suite, se réveillant à votre souvenir sans crier gare ou bien vous sauvant d’un week-end d’ennui . Oh, il y a bien sur votre libraire, un journal référent pour vous aiguiller, vos auteurs favoris auxquels vous êtes habitués comme à un vieux pull, mais tous ces petits carrés bien rangés en piles ou en rangs d’oignons, avec en prime l’auteur qui attend pour signer pour certains, ne sont-ils pas pleins de promesse de découvrir d’autres terres, en espérant que cela ne se transforme pas en chant des sirènes?

Du numérique au musée

Ce lundi, dernier jour, point d’auteurs. La journée est essentiellement « scolaire » à en juger tourtes les écoles et les professionnels. Les visages sont fatigués, ce soir il va falloir tout ranger alors que contrairement à un déballage, il reste beaucoup, beaucoup de livres…Sous toutes ses formes puisque tout un carré à gauche du salon est désormais dévolu au livre numérique-le Kindle qui peut contenir jusqu’à 1400 livres est proposé par Amazon avec une réduction de 20 euros soit 20%, valable jusqu’au 1er avril, de quoi amortir son entrée…Des éditions « audio » aussi,  comme à la librairie des femmes-Catherine Deneuve qui lit Duras ou Fanny Ardant, Jane Eyre.

Plus loin, le livre devient objet d’art, l’écrit entre au musée avec des lettres de Pagnol, Cocteau exposées par le Musée des lettres et  des manuscrits ou les beaux livres illustrés comme « les Fleurs du Mal » par Bonnefoi- 2950 euros quand même pour un des 299 exemplaires. Pour se rafraichir sans doute, l’endroit le plus chic, un bar éphémère Perriet Jouet et son champagne Belle époque. Comme au salon de l’agriculture, le régionalisme s’expose. Ile de France, avec un espace débat et un open bar, Aquitaine, Bretagne, toutes les régions sont venues avec des livres comme ces « prêt à poster » baptisé « Ficelle » chez Rougier, (six numéros par an envoyés par la poste pour un abonnement annule de 45 euros),  leurs auteurs connus ou du dimanche…et électeurs. De quoi savoir pour les amoureux des lettres où passent leurs impôts locaux. Les pays aussi ont leur stand comme la Turquie qui s’est même offert un immense espace carrément vide pour vanter sa Chambre de commerce et d’Industrie dont le but est -j’ai posé la question sur le stand-même » de montrer que l’on est riche ». Sans rire…Moscou est la ville à l’honneur du salon alors particulièrement gâtée en emplacement avec en bonus un stand offrant en dégustation du thé Kusmi Tea qui n’a plus de russe que l’image de marque, les fondateurs ayant fuit la Russie après la révolution de 1917! Coté pays invité, le Japon affiche un bel espace avec de remarquables photos prises après le Tsunami qui semblent témoigner d’un autre âge, et une multitudes de livres vendus « en collectif »par la librairie Gilbert Joseph et ses caisses enregistreuses… Des mangas bien sûr, mais aussi de la poésie, Murakami et des livres en japonais qui , c’est l’occasion de le découvrir se lisent comme l’arabe, de droite à gauche.

« Ecriverons » et lecteurs

Mais cette année, ce n’est pas le Japon qui a fait bruisser les allées du salon, mais l’annonce de la vente de Flammarion.Un poids lourd dans l’édition qui, cette année a publié nombres de livres de politiques, élections obligent: Montebourg, Hamon, Taubira ou d’essai sur Carla Bruni, Sarkozy et autres…Le stand de Flammarion et Albin Michel se font face, chose amusante lorsque l’on sait que le second fait partie des acheteurs potentiels du premier, courtisé également par Gallimard et Actes Sud! Là, Katherine Pancol, best-selleuse s’il en est, est mise en valeur tout comme Eric Neuhoff qui a pourtant commis avec « Mufle »un livre sans aucun intérêt à part celui de s’assurer des renvois d’ascenseur. « Chaque chapitre donne le sourire et donne envie d’être heureux auprès de chacun » Voilà comment, au hasard, une libraire fait l’article auprès de deux lectrices d’un livre tandis qu’en dédicace, Amélie Nothomb bien sur, Christine Orban ou Philippe Delerm, Eric Zemmour, et Didier Van Cauvelaert dont une jeune vendeuse écorche joyeusement le nom- de quoi lui redonner un peu d’humilité-se sont succédés à la rencontre de leur « public »sur le stand.« Le livre français face au défi du numérique » ; des  conférences s’égrènent un peu partout avec des intervenants  souvent plein de bons sens: « C’est en écrivant qu’on devient écriveron »; France Télévisions qui a remis un prix- RTL, Lire, France Culture tout le monde veut le sien!- s’offre également un beau stand où les livres des émissions-de cuisine comme Julie Andrieu ou de jardin pour « Silence, ça pousse », les  cartes postales offertes à l’effigie de vos présentateurs préférés, les biographies improbables des sus cités ,les  livres- jeu comme pour « D’art d’art » ou autre livre d’or de « Plus belle la vie » cotoîent  de magnifiques roman comme « Rien ne s’oppose à  la nuit » de Delphine de Vigan, dont les bandeaux annoncent par erreur qu’elle a eu le prix France Télévisions-on ne prête qu’aux riches…Psychologie magazine, Télérama, les médias « cultureux » sont tous là avec des jolis stand cozy où l’on peut tenter de lire dans un brouhaha, pourtant bien peu propice à la lecture…

 Gallimard en blockbuster

Deux allées plus loin, surprise, le stand du Cheik Bin Mohamed, sultan de l’émirat du  Sarjah, qui souhaite convertir le pétrole en papier et ainsi offrir à chaque famille de son peuple…une bibliothèque privée chez eux! Une noble idée qui passe par un salon international du livre en novembre prochain en plein désert.  En face, un auteur en mal de public attend pour dédicacer son livre tandis que sur le stand des éditeurs catholiques, un livre propose d’apprendre la contraception naturelle via des périodes de continence« où l’on doit intérioriser »… Gallimard,  mastodonte entre ses éditions poche Folio, de, tourisme ou la mythique Nrf, domine le salon tel un seigneur-son patron Antoine est par ailleurs directeur du salon…,  avec pas moins de douze chaises pour les auteurs en dédicace comme Daniel Pennac, venu deux fois, Annie Ernaux, Johan Sfar ou Catherine Dolto, qui ont tous eux un joli carnet noir offert, intitulé « Inspiration » afin de pouvoir griffonner et ainsi avoir l’air occupé dans les périodes d’attente, pour les moins sollicités….Grasset en face, parie sur les essais avec Catherine Nay et Christophe Barbier, mais aussi l’incontournable Charles Dantzig ou Anne Sinclair, Barbier. Sur un autre stand, le businness règne avec des « costards cravates » en train de signer des commandes. Mazarine Pingeot, Dan Franck étaient la veille, avant de rejoindre Francois Hollande au Cirque d’hiver( voir article)  sur le stand Robert Laffont tout comme le candidat socialiste qui a frôlé l’émeute. Sur ce grand stand, sont exposés aussi la très jolie collection imaginée par Claire Debru chez  Nil, « Les affranchis », un petit livre pour une lettre écrite, et  jamais envoyée… car « quand tout a été dit sans qu’il soit possible de tourner la page, écrire à l’autre devient la seule issue. » Chez Stock, petit stand, mais très élégant, les livres à la belle couverture bleue marine attendent comme le dernier de Fabrice Gaignault-« j’en ai signé six, dimanche! », il faut dire sacrément concurrencé par Erik Orsenna et son histoire de papier.

Alors à 9 euros 50 l’entrée lorsque l’on n’a plus la chance d’être mineur, étudiant ou sénior, cela vaut-il la peine d’aller enrichir le groupe Reed International, organisateur du salon et tentaculaire société, proche de la mafia pour certains vu son caractère incontournable et à laquelle on pourrait ajouter un G, comme greed- avidité en anglais…Si vous voulez immortaliser votre livre et pouvoir craner, non. En revanche, si vous aimez vraiment les livres, le mieux est sans doute d’en ouvrir un au coin d’un feu, loin du tumulte ou pourquoi pas, en écrire un, en étant sûr que tout ceux qui sont là, publiés font rarement vivre leurs auteurs…

 

Par Laetitia Monsacré

 

Du 16 au 19 mars-Porte de Versailles

Daniel Pennac, recordman des ventes et des dédicaces avec deux passages…

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