24 mars 2018
 
A quoi évalue-t’on un pays? A sa justice, à ses écoles, à ses prisons, à sa police, à ses hôpitaux, à ses médias ou à ses transports?  Comme le chante, pleine de colère  Joan Baez dans son album  Diamonds on the road, « Je ne vais pas laisser l’administration me foutre à terre, je vais continuer à parler, à marcher, à chanter et construire un monde neuf « . Après la journée de grève du 22 mars dernier, les usagers des transports publics- y compris un pauvre couple de Londoniens qui a mis deux heures à faire Gare du Nord- Place des Vosges en taxi pour finir largué avec leurs valises à 500 mètres de leur hôtel de luxe- ont constaté une fois encore que les fonctionnaires français pouvaient prendre la France en otage et nous faire, en effet, beaucoup marcher…Car, Paris sans voiture, ce n’était pas gagné. Les Velibs sont aux abonnés absents, les RER et autres trains Transiliens transformaient ce jeudi les gens en sardines à la sueur et tous ceux qui avaient pris leur voiture risquaient, après avoir passé des heures dans les embouteillages, de se faire flasher leur plaque par les chers- très chers- Steeteo et autre Moovy qui parcourent la capitale avec leur véhicules embarqués de caméras pour remplir les caisses de la Ville de Paris. Autant de milliers d’euros qui espérons-le, serviront à  réparer les nombreux nids de poule que les motards peuvent apprécier dans la capitale à moins que ce ne soit pour acheter de la mort aux rats… 
Steeteo, c’est le privé au service du public avec un résultat assez alarmant comme l’a justement épinglé  la journaliste Dominique Simonet du Canard Enchaîné du 14 mars dernier; une société qui dépend de Vinci-on ne prête qu’aux riches- qui privatise donc les trottoirs parisiens avec des employés qui roulent sans permis ou sous l’emprise du cannabis, verbalisent des gens qui ont bien payé leur ticket ou flashent dans leurs bureaux des fausses plaques d’immatriculation. Et pour contester? Un numéro en 08 qui ne répond jamais, une boite aux lettres à la Défense et aucun service de presse- bah non, on n’est pas là pour communiquer mais ALIGNER. 
Bonne nouvelle, à la faveur d’une voiture volée par un gentil sdf auquel on aurait donné le bon dieu sans confession, j’ai appris que tous les PV avant cette semaine du 19 mars ont été annulés par le Monsieur Voierie de la ville de Paris, un peu embarrassé de me livrer ce scoop et que non, les fichiers n’étaient pas croisés avec la police-le privé au service du public, ça va pas non? Lequel m’a répondu sur sa ligne directe, après que j’ai menacé le service de presse de la Ville de Paris que j’allais appeler Anne Hidalgo sur son 06 en plein Conseil de Paris (en fait je ne l’ai pas mais la faim justifie les moyens!). De fait, je recevais le lendemain deux PV prouvant que ma chère voiture n’était plus sur Paris car  flashée à deux reprises près d’Orléans où mon voleur avait eu le temps de me dire-nous en étions alors aux confidences- qu’il avait toute sa famille. A Paris où j’avais porté plainte à deux heures du matin, après avoir été aiguillée par le 17 puis le 3430 à 6 centimes d’euros la minute vers le commissariat du 5ème qui a refusé de prendre ma plainte « car la voiture a été volée dans le 6ème, on va pas faire le boulot leur place », je me suis entendu dire dans mon antenne de police rue Bonaparte que, pour un voleur identifié, « c’était le 5ème qui était compétent ». Alors, j’ai fait ma Joan Baez, j’ai élevé la voix; pas question que j’accepte de la merde sans broncher. Véhicule déclaré au fichier voitures volées et  flashé à Orléans, le commissariat d’Orleans me renvoie à nouveau vers mon commissariat parisien pour un « complément de plainte ». Là, le gentil fonctionnaire condamné à taper sur un ordinateur toute la journée me dit qu’elle est sans doute déjà en pièces détachées d’autant que la carte grise était dedans. Une belle Range Rover datant de 1999, celle avec laquelle Elizabeth II s’embourbe dans la lande écossaise dans le film de Stephen Frears, The Queen, pleine de bons souvenirs, de raquettes de tennis, de mon bonnet rapporté d’Essaouira, de CD comme celui de mon opéra préféré Madame Butterly, de mes vielles cassettes de Michel Berger et d’Yves Simon,  de ma crème Baume du Tigre que je fais venir exprès de Thaïlande- envolée dans le Loiret! J’appelle alors un casse auto qui m’indique que l’endroit où mon vieux carrosse côté à l’Argus 3000 euros a été flash est celui d’un casse auto spécialisé dans le 4X4. Mon sang ne fait qu’un tour, me voilà Hercule Poirot. « Auriez vous rentré récemment un P38 cher Monsieur? ». Et là bonheur, il me répond :  » Oui madame, j’en ai une modèle Holland et Holland, mais vous devriez acheter plutôt une japonaise, elles sont bien moins souvent en panne( ce qui est très vrai!). » Ça y est je la tiens me dis-je; j’appelle la gendarmerie du coin, tombe enfin sur un chic type qui prend toutes les infos dont ses collègues parisiens n’avaient rien à foutre et envoie une patrouille. Choux blanc, j’appelle l’autre gendarmerie près du second casse auto de 4X4 en Sologne, et là encore un chic type. Ces deux là ont fait leur boulot, et j’ai rêvé hier que je retrouvait ma voiture qui,  en plus, n’était pas assurée contre le vol- « vous ne lisez pas vos contrats avant de les signer, Madame? «  m’a dit mon assureur Allianz. Bah non, je vous fais confiance comme au sdf qui me l’a volé. Du coup, lasse de ces plateformes qui vous trimballent d’un service à l’autre, véritables usines à gaz qui n’ont rien à envier au public, j’ai transféré tous mes contrats chez Axa. Et vous donne dans un prochain Brimborion des nouvelles de ma voiture mais également du Tribunal de Paris où j’ai passé quatre heures et demi-je ne m’y perds plus, Alleluia- et du Rectorat de Paris, deux heures trente, chrono en main, histoire de vous parler de la justice et de l’éducation dans notre beau pays. Alors à suivre- pour l’hôpital et la prison, j’espère que d’ici là, je n’aurais pas à enquêter…
 
Par Laetitia Monsacré

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