19 janvier 2026
RasPoutine, la naissance d’un tsar

Le grand gagnant de ces dernières années est assurément le fake, entre filtres sur les applications mobiles, réseaux sociaux entretenant rumeurs et complotismes, avec comme champions les « trolls russes » et leur emojis pathétiques. Mais, il est plus grave avec l’invention de la fake democratie. Là où The Appentrice nous avait offert l’ascension de Trump et comment celui-ci s’était servi d’un puissant avocat retord, homme de l’ombre qui en avait fait son poulain pour son premier mandat, on est frappé dans le Mage du Kremlin, à quel point les mêmes mécanismes se reproduisent, l’élève finissant toujours par dépasser son maître, le pouvoir absolu étant synonyme de Moscou à Washington, de virages autocratiques où en Russie, « les choses tournent plutôt bien, mais lorsqu’elles tournent mal, elles tournent vraiment mal ».

Olivier Assayas livre dans son envoûtant dernier long métrage au casting international- Jude Law en Vladimir Poutine, méconnaissable et d’une justesse de jeu bluffante et Paul Dano, à la timidité magnétique dans son rôle de conseiller du prince, un récit captivant qui débute à la fin de l’URSS avec un Eltsine mourant sous la coupe d’un des premiers oligarques que sera Boris Beresovski; à l’origine de l’intronisation dans la politique de Vladislav Sourkov, un amateur de rap, metteur en scène de théâtre d’avant-garde, écrivain et homme d’affaires, tous deux vont alors choisir un inconnu, introverti, pour être leur « homme de paille » et,  après le tsunami capitaliste qui a enrichi certains mais en a appauvri tant d’autres « les Russes ont grandi dans une motherland et se retrouvent dans un supermarché », siffler la fin de la récré. L’histoire contemporaine montrera comment l’ancien directeur du KGB dépassera les attentes, n’hésitant devant rien, comme tuer ses compatriotes dans des attentats à Moscou pour lancer sa guerre sanglante en Tchétchénie, envoyer des snipers à Kiev, ou ses forces de libérations en Crimée et dans le Donbass.

Le pouvoir plutôt que les dollars

La neige est omniprésente, la datcha isolée avec un feu de bois, celui qui a conseillé pendant 20 ans le Tsar est devenu un jeune retraité, père d’une petite fille; son cynisme s’est poli; il se raconte calmement, pris dans cet irrésistible proximité avec le pouvoir, entre New York et Sotchi que l’écrivain italo-suisse Giuliano da Empoli, auteur du livre éponyme, a su remarquablement saisir, avec à la clé 500 000 exemplaires vendus en 2022 et un Grand Prix de l’Académie Française. Emmanuel Carrère, co-scénariste offre une séquence clé avec la figure de Limonov qualifiant le post communisme de « version low cowt de l’hospice que sont devenues les USA ». Car, si Trump et Poutine sont les purs produits de notre époque quasiment dystopique, dont les peuples sont prêts à sacrifier leur liberté au nom des valeurs que leur dirigeant véhiculent, bruyamment pour Trump, avec mutisme pour Poutine, il est une différence de taille entre la Russie et les Etats-Unis, c’est que la première ne le fait pas pour l’argent. Poutine veut retrouver la grandeur de la Russie de Tsars, « à la hache » tandis que Trump restera toujours un promoteur immobilier qu’un prix Nobel fait rêver. Voilà qui donne une idée duquel est le plus fort, entre un bonimenteur milliardaire présentateur de TV et un homme qui, préfère aux bavardages des dirigeants occidentaux lors des sommets, encourager son armée après des heures de route- s’interdisant de trinquer tant que la victoire ne sera pas acquise.

Les deux heures 25 du film passent un traité de géopolitique incarné et d’une finesse dans les dialogues et le récit que regarder ensuite les éditorialistes sur les chaines d’informations continues discourir en satisfecit commun sur Davos et comment les Européens ont « imposé » leur union, confirme que la fiction peut saisir la réalité grâce à une hauteur de jugement et d’analyse bien plus prégnante et incisive chez un cinéaste qu’un énième éditorialiste.

LM

 

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