24 mars 2017
François Fillon ou le syndrome Calimero

Renverser la vapeur, arrêter l’hémorragie, sauver ce qui peut l’être, à commencer par sa peau, voilà la mission quasi impossible de François Fillon. Après un débat mitigé pendant lequel les électeurs ont pu apercevoir à quel point l’homme était mal à l’aise, donnant à la fois l’impression de s’ennuyer et de mépriser ses adversaires, l’Emission politique de France 2-3, 3 millions de téléspectateurs- lui offrait l’occasion de remobiliser son électorat, de renforcer la rhétorique de son programme et de réaffirmer son innocence de colombe de plus en plus plombée ! François Fillon avait une occasion en or de pouvoir ripoliner son image et démontrer qu’il sait rassembler plus large que le noyau dur, droitier et conservateur qui, lui seul, lui accorde encore une once de crédibilité et de confiance, qu’il est le plus sérieux sur les questions économiques et le plus capable de gouverner et d’incarner le renouveau. Plus rien à perdre pour Fillon ! Plus rien à perdre lorsqu’en quatre mois on est passé de 31% d’intentions de vote au lendemain de sa victoire à la primaire et un étiage bien faible, aux alentours de 17%, dans les toutes dernières vagues de sondages ! Quatorze points de perdus en si peu de temps, sept à huit points derrière Macron, oui, vraiment il n’a plus rien à perdre ! Alors François Fillon, dans une stratégie entamée lors du meeting du Trocadéro, sort l’artillerie lourde, baïonnette au canon, radicalisation tout azimut et morgue revancharde !

Tartuffe !

L’énergie désespérée qu’il met en œuvre s’appuie sur une double dialectique hypocrite : la défense de la démocratie et la défense de son honneur. Non, il ne laissera pas les cabinets noirs, les complotistes – il vrille paranoïaque –, les juges politisés et un pouvoir crépusculaire mais encore venimeux voler au peuple de droite l’alternance qu’il espère. Non, il ne laissera pas les populistes de toutes les chapelles voler le choix conscient des électeurs. Non, il ne laissera pas les prometteurs gauchistes et inconsistants – demain on rase gratis – et les pythies du nationalisme voler leur victoire à ces femmes et ces hommes de droite asphyxiés de taxes, apeurés par la modernité et malheureux du destin français affaibli par François Hollande. Non, il résistera. Il se battra jusqu’au bout ! Il défendra la démocratie, le choix libre des électeurs et ne se laissera impressionner par aucune épreuve. Il ira au bout de ses choix et de ses options politiques, usant au passage d’un presque mépris de classe face à des infirmières et des aides-soignantes qui ont sans doute eu le sentiment d’être traitées comme du petit personnel, des travailleuses fainéantes, des fonctionnaires profitant d’une vie bien douce ! Halte là ! Halte aux privilèges ! Il faudra se serrer la ceinture, à commencer par ceux et celles qui pourraient franchement travailler plus et rogner sur leur santé, leur confort et leur mode de vie ! Haro sur les petits ! Place aux investisseurs, au capital qu’il faut cajoler, à l’argent qu’il ne faut pas effrayer. Sous prétexte d’une défense de la démocratie, François Fillon, dans son rôle d’homme de droite hélas trop caricatural, prend fait et cause pour les classes aisées. Il rejette Marx et pourtant en 2017 réinvente la lutte des classes. Et le grand bourgeois ne comprend pas qu’on vienne lui tenir rigueur de ses arrangements moraux et financiers. Diantre, le peuple réclame des comptes !

La corde sensible

La seconde tactique sur laquelle s’appuie désormais sa candidature c’est la victimisation. Et hier soir François Fillon, pas le moins du monde éhonté, n’a pas hésité à convoquer la figure de Pierre Bérégovoy. On s’étrangle ! Non pas parce qu’il parle de ses blessures, puisqu’elles ne sont que des blessures d’orgueil, mais bien parce que sans aucune vergogne il ose se comparer au dernier Premier ministre socialiste de François Mitterrand et à son destin tragique. Alors trémolos dans la voix, François Fillon ne parle plus de politique mais de ses sentiments personnels et réécrit l’histoire à son avantage. Il n’y a donc plus de limites à la décence ni même à l’honnêteté intellectuelle. Le procédé qui consiste à s’attribuer la voix ou les actes des morts est assez abjecte, questionnable et met franchement mal à l’aise. Après Roger Salengro, Robert Boulin et Pierre Bérégovoy voilà François Fillon, acculé à un presque suicide par la vindicte de la presse et l’acharnement de la justice et de ses adversaires. Lamentable travestissement des faits. Un peu de mémoire Monsieur ! Il y a 25 ans, député RPR et futur ministre d’Edouard Balladur, François Fillon participait à l’hallali ! Il y a 25 ans, en 1993, lors de l’affaire du prêt Pelat, la droite tirait à boulets rouges sur Pierre Bérégovoy, cible facile et expiatoire d’une gauche prise dans les affaires et la confusions des genres. Argument bien vil et mémoire courte ! François Fillon oublie aisément ses actes et ses jugements moraux pour se vêtir d’un costume affolé d’innocent cloué au pilori.

Le problème c’est les autres

Personne ne le conteste sauf une Christine Angot hallucinée et hallucinante dont l’intervention fera un beau moment de télévision mais n’aura eu comme effet que de confirmer encore un peu l’attitude victimaire de François Fillon. Jamais de sa part un remord, une excuse, un début de réflexion. Jamais. Et ne comptons pas sur David Pujadas pour démasquer cette posture. Au contraire il le plaindrait presque. Pauvre petit châtelain enrichi qu’un complot ourdi cherche à assassiner ! Toujours rejeter la faute sur les autres. Ne rien assumer, ne rien reconnaître et refuser de comprendre le malaise du peuple. Le peuple, quelle plaie ! Une émission entière d’hypocrisie qui sans aucun doute aura rassuré la droite, lui faisant espérer que tout n’est pas joué. Les chants de sirènes complotistes et victimaires sont devenus un argument.

Le Thénardier de la Sarthe veut passer pour une bête traquée. Le niveau est tombé bien bas. Si bas que l’attention s’effrite lors de son débat avec Steeve Briois et Aurélie Filippetti. On n’écoute plus parce qu’on est en colère. Il sera content, 3,3 millions de téléspectateurs l’ont regardé. Reste à savoir ce qu’ils en auront pensé et ce qu’ils auront ressenti: applaudissements ou haut-le-cœur !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs