1 octobre 2025
Un simple accident ou l’islamisme entre drame et comédie

Palme d’Or ô combien méritée, Un simple accident tiurné clandestinement à Téhéran par le réalisateur Jafar Panahi, emprisonné à plusieurs reprises, propose non seulement une immersion dans l’Iran d’aujourd’hui, régime autoritaire s’il en est « Tu tues, sinon tu es tué », mais une réflexion philosophique du rapport bourreau/victime, avec cette idée que ceux qui torturent ou tuent finissent par l’assimiler à un travail comme un autre; gagner sa vie en obéissant au régime. Responsable mais pas coupable comme Egbal, le boiteux, que par pur hasard, une de ses victimes retrouve, décidé à se venger en l’enterrant vivant. Oui, mais voilà, il n’est pas vraiment sûr et veut ses aveux. Commence alors un road trip movie en van, avec des scènes truculentes comme ces vigiles qui pour obtenir leur bakchich sortent une machine pour prendre aussi les cartes de crédit, à la recherche de ses autres victimes pour l’aider à l’identifier. Salam, le sage, répond qu’il ne faut pas répondre à la violence par la violence. Une autre, à nouveau intégrée a choisi d’oublier. Mais Bidal, à la veille de son mariage, n’oublie pas le déshonneur suprême qu’il lui a imposé: la priver de sa virginité en la violant, après l’avoir laissé trois jours sur une estrade lui faisant craindre à tout moment la pendaison. 

Regrets et pardon

Loin d’être soumises, on découvre à travers ces deux femmes de caractères combien la femme iranienne refuse la soumission, bien plus proche du modèle occidentale que musulman. Et n’hésitant pas à tenir tête à son futur mari, parfaitement émancipé dans un pays où d’autres portent encore le hijab, enfermées dans le radicalisme religieux des Mollahs et des Frères musulmans. L’après Daesh en Syrie, les croyances inspirées d’une interprétation mortifère du Coran, « mourir pour aller au Paradis », les aveux du tortionnaire aident à comprendre ces « fous de Dieu » que le quatrième comparse, sanguin et refusant d’en faire un cas de conscience, achèverait volontiers comme un chien. Même si celui qui a détruit leur vie et celles de milliers d’autres est devenu un père de famille et pourrait se venger. Car, le pardon peut-il être réciproque? C’est tout l’objet de la scène finale qui laisse à chaque spectateur sa propre réponse.

AW

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