23 juillet 2014
Vitrioli, la beauté des ténèbres

vitrioli1-490x367

Troisième spectacle mis en scène par le nouveau directeur du festival d’Avignon, la pièce Vitrioli de l’auteur grec Yannis Mavritsakis est une plongée dans une Grèce en décomposition sociale. Olivier Py, à la pointe de la protestation des artistes contre les mesures d’austérité en Europe, crée ici un spectacle à la mesure de son engagement politique,  féroce, implacable.

Sur un sol de boue noire éclairé de néons blancs éblouissants, la première scène s’ouvre sur l’exorcisme d’un jeune adolescent grec par un prêtre orthodoxe vociférant. Il ne s’agit que de la première des nombreuses scènes où le héros va subir les pires humiliations possibles, mère, beau-père et médecin rivalisant dans l’horreur pour extirper le mal dont le personnage semble atteint. Mais à la manière d’une véritable « tragédie » selon Olivier Py, le héros avancera inexorablement vers son destin.

Yannis Mavritsakis a d’abord voulu montrer quelles sont les conséquences de l’austérité et l’absence de perspectives sur le peuple grec et plus particulièrement sur sa jeunesse. Mais ce qui distingue le personnage central, c’est sont étonnante passivité, alors qu’un Oreste ou une Antigone étaient des personnages rebelles. Parce qu’il est conscient aussi de la pourriture de son monde, il accepte de n’être qu’ une victime expiatoire consentante des maux grecs.

Mais si la surenchère dans cette volonté de dépeindre un monde corrompu par la saleté, à l’image de cette boue qui recouvre tous les personnages au final donne parfois des hauts le cœur, la radicalité esthétique d’Olivier Py est d’une redoutable efficacité. Lorsque les mots ne suffisent plus (accentuée dans la pièce par des sous-titrages à la peine), il faut utiliser d’autres moyens pour marquer les esprits. Du sang et des larmes.

 

Par Florent Detroy

Vitrioli, de Yannis Mavritsakis, Mise en scène d’Olivier Py, jusqu’au 19 juillet, à 22h.
Durée 1h30 Spectacle en grec sous-titré.

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs