23 mars 2017
Verdi en version originale française

 

Si Verdi est d’abord identifié comme un compositeur italien, et l’un des plus grands, il a aussi écrit pour l’Opéra de Paris, étape presque incontournable pour la gloire d’un musicien à l’ère romantique, et que Rossini avant lui n’avait pas ignoré, ainsi que l’illustre son ultime Guillaume Tell. A la commande de la capitale française, le maître de Busseto a repris, quatre ans après sa création milanaise en 1843, un succès de jeunesse, I Lombardi, avec une intrigue dans le goût de l’époque pour les sujets historiques – une histoire de rivalité amoureuse et familiale sur fond de croisades. Procédant à un travail de réécriture pour l’adapter aux exigences de « La Grande Boutique », il a, entre autres, ajouté le ballet obligé – que le présent spectacle, à rebours de regrettables habitudes, ne sacrifie pas – tandis que le livret de Solera subit quelques changements, déplaçant l’action de Milan à Toulouse. Longtemps boudé par les théâtres lyriques, Jérusalem a été redécouvert dans les années soixante et l’on ne peut que saluer l’initiative de Stefano Mazzonis du Pralafera et de l’Opéra de Liège de remettre à l’honneur un ouvrage encore trop mésestimé – grâce par ailleurs au travail du musicologue Paolo Isotta, lequel a fait paraître un livre sur la pièce auquel la première offre une promotion opportune.

Au service de la musique

Coproduite avec Turin, la mise en scène réglée par le directeur de l’institution liégeoise s’attache à illustrer le drame avec une poésie efficace, fidèle au livret, jusque dans les costumes imaginés par Fernand Ruiz. Le décor dessiné par Jean-Guy Lecat restitue les briques de la Ville Rose avec des colonnes qui s’inclinent dans le désastre guerrier, quand les lumières de Franco Marri distillent des atmosphères expressives. Loin des propositions iconoclastes en concurrence avec l’oreille, on livre ici un accompagnement visuel à une partition servie par une distribution à la diction française presque toujours sans faiblesse. En Gaston, Marc Laho témoigne d’une générosité émouvante qui illumine son incarnation aux côtés d’Elaine Alvarez, Hélène au timbre charnu et douée d’une belle richesse expressive, mettant l’accent sur les ressources de couleurs de sa voix. Quoique allophone, Roberto Scanduzzi ne démérite aucunement en Roger, le frère jaloux animé du désir de vengeance, et sait jouer des effets de théâtre.

Ivan Thirion impose l’autorité paternelle attendue en Comte de Toulouse. On appréciera le Raymond de Pietro Picone et l’Isaure confiée à Natacha Kowalski, sans oublier les interventions de Patrick Delcour en Adémar de Montheil, légat du Pape empreint de la juste solennité. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs participent de concert avec la chorégraphie hétéroclite réglée par Gianni Santucci – seule entorse, discrète, à la sagesse scénographique – à la dimension spectaculaire de la soirée. Quant à la direction de Speranza Scapucci, elle se fait l’ambassadrice des beautés d’une œuvre remarquable, à l’instar de l’admirable finale du premier acte, et se montre à la hauteur d’une redécouverte que l’on se saurait bouder.

Par Gilles Charlassier

Jérusalem, Opéra de Liège, mars 2017

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