3 mai 2017
Verdi au berceau natal

A mi-chemin, ou presque, entre Milan et Bologne, Parme n’est pas seulement un des hauts lieux de la gastronomie italienne, au cœur de l’Emilie-Romagne, et qui a donné son nom au célèbre fromage, le parmesan. C’est aussi une place musicale de premier rang dans la péninsule – et pas seulement – avec l’une des plus grandes figures de l’opéra pour emblème. Verdi est en effet né dans la région, à Busseto, plus exactement dans le hameau de Roncole, à l’heure de l’occupation napoléonienne, en 1813 – son état civil a d’ailleurs été rédigé en français. Il n’est guère étonnant que le Teatro Regio de Parme ait initié un festival consacré chaque début d’automne au compositeur, qui ne se contente pas des murs de l’institution, et s’invite également à Busseto, dans le théâtre qui porte le nom de l’enfant du pays. La salle intimiste accueille en ce milieu de printemps un opus relativement rare sur les scènes, I Masniadieri, longtemps oublié, et inspiré, comme Luisa Miller, de Schiller – ici d’une pièce éponyme, Les Brigands, narrant les péripéties de Carlo, et de son frère cadet, rival, Francesco, qui veut à la fois lui prendre sa promise, Amalia, et l’héritage des comte de Moor.

Héroïsme et jeunes voix

De ce livret de cape et d’épée, Leo Muscato tire une production plutôt illustrative, déjà donnée lors des éditions 2013 et 2016 du festival Verdi, assez aisément exportable, quoique un peu contrainte par les dimensions modestes du plateau qui présentent l’avantage d’une inusuelle proximité du public avec les solistes, dans les décors dessinés par Federica Parolini et les costumes conçus par Silvia Aymonino, les lumières réglées par Alessandro Verazzi rehaussant l’atmosphère dramatique de l’intrigue. La spécificité du spectacle réside dans les deux distributions réalisées avec les artistes du Concours international des Voix verdiennes de la ville de Busseto – avec la collaboration de l’École de l’opéra du Teatro Comunale de Bologne. Pour la troisième représentation, c’est le premier cast que l’on entend. En Carlo, Giovanni Maria Palmia se livre à un frémissement épique face au Francesco vindicatif de Leon Kim. George Andguladze résume avec à-propos une figure paternelle fragilisée, quand Marta Torbidoni ne néglige aucunement la sensibilité d’Amalia. Mentionnons encore les rôles secondaires, de l’Arminio de Manuel Rodriguez Remiro au Moser de Wellington de Santana Moura, en passant par Jangmin Kong, Rolla, sans oublier les choeurs du Teatro Regio de Parma préparés par Martino Faggiani. A la tête de l’Orchestra dell’Opera Italiana, Simon Krecic, également premier violon, ménage l’efficacité d’une partition un peu malaimée.

Par Gilles Charlassier

I Masniadieri, Busseto, avril-mai 2017

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