14 novembre 2015
Valls chez Rodin

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«C’est vous qui êtes effrayante ». Il est des remarques qui peuvent sonner comme un compliment. Jim a donc effrayé Manuel Valls en le comparant au vu de sa pensée et de sa taille à Nicolas Sarkozy lors du très chic vernissage VIP organisé à l’Hôtel Biron qui, à quelques mètres de de l’Hôtel Matignon, accueille non pas les vicissitudes de la politique française mais les fascinantes sculptures d ‘Auguste Rodin.

Voyous et mécènes

Effrayant, voilà bien le mot pour résumer le paysage politique actuel qui, à quelques semaines des régionales, voit Marine Le Pen créditée d’un vote sur trois si la présidentielle avait lieu aujourd’hui. Effrayant comme lorsque Manuel Valls a traité de “voyous” les salariés d’Air France cueillis aux aurores comme des malfrats, placés quasiment deux jours en garde vue pour leur faire avouer que oui, ils sont dans un état desespéré de voir leur compagnie, propriété d’un etat socialiste-le mot semble grossier tant il est loin des idéaux de Jaurés-dégager un bénéfice pour ce troisième trimestre de 898 millions d’euros, en hausse de 321 millions d’euros et se débarrasser de plus de 1500 personnes qui ont contribué à ces bénéfices. Car, plus que des chômeurs ou retraités avant l’heure, c’est l’espoir même que la direction d’Air France et accessoirement le gouvernement Valls ont mis en terre, le tout sans fleurs ni couronnes tandis que ce lundi soir, Fauchon régalait les riches mécènes-excusez le pléonasme. Femmes sans âge vêtues de noir car cela mincit toujours et met en valeur les bijoux offerts par leur mari respectifs, lesquels cravatés et lunettés d’écailles, se pressaient pour écouter poliment un premier discours, puis dans la tente montée à grand frais dans le jardin, un second discours, puis un troisième salué par des applaudissements  avant que Perriet Jouet ne serve le vin de messe- du champagne avec des petits fours Fauchon.

Les grands hommes, au premier étage

Les “sans dents” étaient eux restés eux à l’entrée du musée, bien rangées sous l’escalier d’honneur dans leur tenue de travail, uniformes de sécurité ou bleu de travail pour avoir installé micros, pupitres et autres éléments pour servir l’appareil étatique de notre glorieuse République. Ah, notre République… C’est au premier étage qu’on pouvait la retrouver ô combien plus vivante que dans n’importe quel ministère environnant. Dans de grands salons aux miroirs dépolis et aux boiseries repeintes en Farrow and Ball- les bourgeois du 7 ème arrondissement ne seront pas dépaysés, la marque anglaise, ayant même créé un Gris “Biron” pour l’occasion- Victor Hugo, Balzac , Clemenceau,  étaient là, majestueux, plus incarnés que tous les morts-vivants se pressant en bas. Même le simple moulage de la robe de chambre de Balzac avait plus à dire que les discours prononcés, d’autant que la plume de Manuel Valls avait la verve d’un dépliant de musée provincial. Des bustes, des mains-Rodin en était fou-, des marbres, des plâtres, des fragments cloués aux murs comme dans un cabinet de curiosité, chaque salle est écrasante de beauté et d’émotion comme cette valse de Camille Claudel qui a droit à une salle entière, deux corps enlacés et figés à jamais dans leur élan. Sa petite Châtelaine est là aussi, tenant compagnie au buste de son frère Paul Claudel, et de celui de Rodin, les deux hommes de sa vie, complices plus ou moins malgré eux de sa descente aux enfers.

L’origine du monde

Plus loin de là, Baudelaire offre son visage tourmenté aux visiteurs non loin d’ Iris messagère des dieux , femme sans tête offrant son pubis comme un défi- la version en bronze de l’Origine du monde de Courbet… Nulle explication, on est ici dans le ressenti, dans l’emotion, dans la beauté pure des sculptures rehaussée par de remarquables marines aux murs et des huiles comme cet homme nu exécuté par Rodin  lui-même. Une pure émotion visuelle, quasiment charnelle,  seule est montrée ici la virtuosité de celui qui,  à trois reprises rata le concours des Beaux Arts-cela redonne ainsi espoir. L’academisme, le politique parti, reste l’art. Il est ici époustouflant. Et l’effrayant, ailleurs…

Par Laetitia Monsacré

 

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