8 octobre 2013
Patrice Chéreau/ Une vie de scènes

Ceux qui m’aiment me regretteront… Patrice Chéreau avait dépassé l’âge de la retraite. Sa carrière n’était pourtant pas finie, créateur inlassable et vénéré. Cet été, Aix en Provence ne bruissait que de cela: sa mise en scène étourdissante d’Elektra de Strauss, qui sera donc sa dernière oeuvre mais continuera de vivre sans lui, comme toutes les autres- dix films une soixantaine de mises en scène. L’opéra donc pour finir en beauté, et qui l’avait accueilli comme un fils prodige d’à peine 30 ans avec la Tétralogie de Wagner sous la direction de Pierre Boulez à Bayreuth. Sa mise en scène, transposant le Ring dans le XIXe siècle industriel et capitaliste contemporain de Wagner, provoquera un scandale lors des premières représentations en 1976 , avant d’être finalement saluée par d’interminables applaudissements quatre ans plus tard. Avant cela, le théâtre, l’avait happé dès ses 15 ans où il s’y essaye au lycée Louis le Grand avec Jérôme Deschamp et Jean Pierre Vincent, faisant de lui une figure incontournable des planches dès la fin des années 60, que ce soit au Théâtre national populaire de Villeurbanne, avec Roger Planchon, ou les Amandiers à Nanterre. Il y sera chez lui, y faisant jouer Marivaux, Genet et Koltès,  offrant à chaque occasion une relecture visuelle qui frappera public et critiques. La scène mais aussi le cinéma  – pourquoi se limiter?-  avec des films très personnels comme L’Homme blessé sur l’homosexualité en 1983 et La Reine Margot  en 1994, avec Isabelle Adjani. Un prix du jury et d’interprétation féminine à Cannes et cinq Césars plus tard, le grand public le découvre enfin. Refusant Hollywood “où on me demandait de refaire exactement le même film”, Patrice Chéreau restera fidèle à lui-même, renonçant à son Napoléon avec Al Pacino car ” il manquait les 7 millions de dollars de quoi en faire un film et non une bonne fiction TV”, bref un metteur en scène ne donnant jamais dans la facilité. Ni pour lui, ni pour ses acteurs… Certains souffrirent de cette maniaquerie et cette exigence qu’il avait et que partagent tous les grands créateurs. Mais pour l’instant, il n’est question sur internet qu’à des nécrologies sans relief et les hommages habituels. Alors le mieux, c’est encore d’aller écouter sa vison des choses dans Les Visages et les Corps mise en scène par Philippe Calvario au théâtre du Rond Point à partir du 15 octobre, et en mars prochain, Comme il vous plaira, de William Shakespeare, aux Ateliers Berthier, oeuvre à laquelle il travaillait encore ces dernières semaines.

AW

Retrouvez son Elektra à Aix en Provence en juillet dernier grâce à Arte

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