6 février 2013
Une mère en panne

 

Après 480 000 exemplaires vendus, Rien ne s’oppose à la nuit sort en poche. Et si, Delphine de Vigan n’a pas eu le Goncourt mais remporta l’an dernier le premier prix de la saison, le prix de la FNAC puis celui du roman France Télévisions, elle sut très vite que son “ode à la mère” avait, après le public, séduit, la chose est rare, les “professionnels”. Après No et Moi qui la fit découvrir au grand public, cette fragile blonde ( qui semble avoir enfin perdu ses jolies anglaises-peut être est-ce lié à ce livre où elle rompt sans conteste le cordon ombilical ) signe avec ce roman magnifique un des livres les plus forts qui aient été écrits sur la mère depuis longtemps. Et prouve ainsi qu’après Les Heures Souterraines– brillante et effrayante description de l’âpreté du monde du travail- elle mérite amplement cette double reconnaissance du public et des critiques sur ses ouvrages. Celui-ci parle de la belle Lucile, sa mère (en couverture sur la photo), femme irrésistible et bipolaire, mais aussi de ses grands parents et de leurs onze enfants, portés ou non,  en tentant de comprendre ce que les psychologues appellent la “reproduction familiale”. Mais là où ce livre est rare, c’est que Delphine de Vigan relate également son quotidien d’écrivain, ses peurs, son malaise lorsqu’elle se met à faire ce qui est sans doute une des choses les plus difficile qui soit- écrire sur sa mère. “Je ne sais plus à quel moment j’ai capitulé, peut être le jour où j’ai compris combien l’écriture, mon écriture était liée à elle, à ses fictions, ces moments de délire où la vie lui était devenue si lourde qu’il lui avait fallu s’en échapper, où sa douleur n’avait pu s’exprimer que par la fable.” L’écriture est magnifique, ample sans jamais devenir prétentieuse. Alors si vous l’avez manqué, à moins de dix euros, n’hésitez plus pour retrouver ce dernier ouvrage de l’écrivain qui a également co-signé les dialogues du très beau film de Gilles Legrand- Tu seras mon fils. Et  reviendra bientôt au cinéma, cette fois seule aux commandes, dans une comédie où elle met en scène Valérie Bonneton. “J’avais besoin de rire après…” explique-t’elle. On est prêt à la suivre…

Par Laetitia Monsacré

Articles similaires