27 octobre 2014
Un Wagner à grand spectacle à Lyon

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Il est des soirées où les voix discordantes ne sont pas les bienvenues. Non que Le Vaisseau fantôme à grand spectacle réglé par Alex Ollé et La Fura dels Baus ne soit sujet à controverse. Ce serait même plutôt le contraire. Les trublions catalans ont offert ici une production plutôt consensuelle, là où on aurait aimé être davantage questionné sinon bousculé – peut-être une mauvaise habitude contractée avec les relectures conceptuelles souvent servies dans Wagner, qui il est vrai s’y prête souvent. Le premier chef-d’œuvre abouti du compositeur allemand ne déroge pas à cette règle, et contient en germe les termes de toute son œuvre, au premier rang desquels celui de la rédemption – et il n’est sans doute pas anecdotique de relever que le motif à la fin de la pièce anticipe presque note pour note celui dit de la rédemption par l’amour dans la Tétralogie…

Naufrage dans les sables

Indéniablement, c’est une illustration à grands effets qui a été ici préférée, et il faut reconnaître qu’elle est très habilement réalisée, entre les projections de flots tempétueux pendant l’ouverture et la carène du navire de Daland échouée dans les sables, qui s’ouvre et se démembre au fil de la soirée. Le Hollandais arbore une face blanchie comme un fantôme, à l’instar des spectres de son équipage, signe mortuaire qu’arborera Senta à la fin en signe de partage de son destin du Maudit des mers. L’atmosphère de chantier naval, en particulier au deuxième acte, pourra faire penser aux ports de désamiantage du sous-continent indien, sans que cela n’éclaire bien au-delà de l’évidente cupidité de Daland, et n’offre qu’une actualité de circonstance. Au moins ce Wagner satisfera ceux qui n’en peuvent plus des relectures trop intellectuelles.

De Lyon à Lille

Dans le rôle-titre, Simon Neal se distingue par une remarquable présence, qui ne souffre guère de l’errance de son personnage sur les mers. A côté du Daland solide de Falk Struckmann, sa fille, Senta, s’incarne avec tous ses tourments dans le vibrato parfois un peu trop large de Magdalena Anna Hoffmann. S’il possède la couleur héroïque requise, Tomislav Muzek se révèle un Erik parfois à la limite de ses moyens et de son endurance. On ne s’arrêtera pas sur le Pilote inégal de Luc Robert, tandis qu’Eve-Maud Hubeaux fait une Mary satisfaisante. Aucune réserve, en revanche, pour les excellents chœurs de la maison lyonnaise. La direction claire de Kazushi Ono souligne admirablement les contrastes de la partition, n’hésitant pas à déchaîner les éléments avec une certaine verdeur, quitte à mettre parfois en danger quelques pupitres perfectibles, comme les cuivres. Venue en ce soir de première, Caroline Sonrier importera ce Vaisseau fantôme dans deux saisons à l’Opéra de Lille, coproducteur avec Bergen et Opera Australia.

GL

Le Vaisseau fantôme, Opéra de Lyon, octobre 2014

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