26 janvier 2018
Un Verdi rare à Rome

Après avoir ouvert sa saison par le retour de la Damnation de Faust après soixante ans d’absence sur sa scène, l’Opéra de Rome poursuit le renouvellement de son répertoire avec un opus rare de Verdi, I Masniadieri (Les Brigands) – une seule série de représentations en 1972 au Costanzi – inspiré, comme Luisa Miller deux ans plus tard, en 1849, par un drame de Schiller. L’ouvrage, comme d’autres relativement négligés dans la production verdienne, revient cependant sur les planches, à l’exemple de Parme, qui l’avait programmé au printemps dernier sur le plateau intimiste de Busseto. L’intrigue de cape et d’épée, opposant Carlo, chef de bandits après la disgrâce de son père, le comte de Moor, et son frère Franscesco, convoitant sa bien-aimée Amalia, invite à l’illustration, et la lecture de Massimo Popolizio n’y déroge pas, dans la scénographie économe de Sergio Tramonti, que rehaussent les lumières de Roberto Venturi et les vidéos projetées par Luca Brinchi et Daniele Spanò. Les costumes dessinés par Silvia Aymonino respectent l’atmosphère chevaleresque d’une histoire conduite par la mobilité du décor, et surtout les incarnations vocales.

Une histoire de voix

Et la première revient à Carlo, héros tourmenté. Stefano Secco en résume la vaillance et une maîtrise indéniable des registres expressifs, mais peine à faire oublier au public l’ingratitude de son timbre, et quelques menus accidents en seconde partie de soirée que certains en profiteront pour ne pas lui pardonner. Diplômée du premier cru de « Fabbrica », l’académie pour jeunes solistes de l’Opéra de Rome, Roberta Mantegna affirme une Amalia lyrique, aux ressources prometteuses. Un peu rustre parfois, Artur Ruciński témoigne d’une évidente présence en Francesco, dont il souligne la jalousie, et condense dans la chute du personnage un appréciable sens de la nuance psychologique. Le patriarche, Massimiliano, est porté par un Riccardo Zanellato au fait de la stature du rôle. Les seconds plans ne sont pas négligés, de l’Arminio campé par Saverio Fiore au Moser de Dario Russo, en passant par Pietro Picone, Rolla. Préparés par Roberto Gabbiani, les robustes choeurs participent de la puissance mélodramatique de la partition, dirigée avec efficacité par Roberto Abbado.
Si le reste de la saison montre moins d’audace dans les titres, on surveillera cependant la prochaine Somnambula sous la baguette de Speranza Scappucci en février, avant la très belle mise en scène de Deborah Warner du Billy Budd de Britten, présentée à Madrid la saison passée et sur le plateau romain en mai, tandis que la désormais presque mythique Flûte enchantée de Barrie Kosky s’invitera dans la capitale italienne en octobre. Assurément, Carlos Fuortes a redonné au Teatro dell’Opera de Rome une place au sein de l’Europe lyrique.

Par Gilles Charlassier

I Masnadieri, Teatro dell’Opera de Rome, janvier 2018

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