21 novembre 2013

Pour susciter un tourisme culturel « haut de gamme », rien ne vaut un festival d’opéra – Aix ou Salzbourg, pour ne citer qu’eux, en savent quelque chose. Et inaugurer une nouvelle salle constitue un argument supplémentaire – et de poids. L’opéra dessiné par Keith Williams et inauguré en 2008 constitue en outre un cas exemplaire quant à l’engagement des pouvoirs publics, à une époque où le retrait de l’Etat est la norme.
Pourtant, ainsi que le raconte Colm Toibin, écrivain natif de Wexford, le désir de monter un festival à Wexford répondait d’abord à un authentique goût pour la musique de la part de la bonne société locale – faire partie d’une chorale constitue ici comme une norme. Le festival a grandi avec prudence au fil des décennies, et lorsque le besoin d’un nouveau théâtre s’est fait sentir, une délégation s’est déplacée à Dublin pour plaisir sa cause auprès du Gouvernement. Le Ministre des Finances, au fait de l’importance des fonds nécessaires, s’est arrangé pour ne pas les rencontrer. Peine perdue, car ce n’était pas lui, ni le Ministre des Arts qu’ils voulaient voir, mais bien le Premier Ministre en personne. Ils savaient qu’au cours d’une longue conversation avec l’un de ses plus proches conseillers qui était mélomane, cet amateur de football lui avait demandé ce qu’était pour lui le Manchester United de l’Opéra, et le conseiller lui avait répondu « Wexford ».  Et quand un jour le Premier Ministre lui dit : « Wexford a-t-il besoin de quelque chose ? », le conseiller lui indiqua : « un nouvel opéra ». Bien sûr, le secteur privé a également largement participé au financement de la construction, en particulier Tony O’Reilly, un homme d’affaires irlandais – la grande salle porte d’ailleurs son nom.

Une salle intimiste

Le festival disposait certes d’un théâtre, édifié au dix-neuvième siècle, mais il lui manquait toute la technique moderne dont sont dotées aujourd’hui toutes les plus grandes maisons d’opéra. A l’inverse de projets à la conquête de nouveaux espaces, aux budgets parfois pharaoniques – les Parisiens en savent quelque chose –, Wexford a choisi d’établir son nouveau théâtre au cœur de la cité, avec ses rues sinueuses héritées du Moyen-âge et ses petites maisons en brique noir du dix-huitième siècle. Vu de l’extérieur, le bâtiment est discret, et s’insère parfaitement dans le voisinage – c’était l’une des contraintes de l’architecte. Mais sitôt entré dans le hall de bois, on est frappé par l’intimisme et la chaleur des lieux – à la mesure de l’accueil irlandais – que l’on retrouve dans la salle de 780 places, aux murs de bois sombre, ce qui n’est sans doute pas étranger à l’excellente acoustique des lieux. Quant aux formats réduits présentés l’après-midi, une plus petite salle leur est consacrée.  Modeste, l’opéra est convivial jusque dans espaces publics – elles sont loin les bousculades dans les coursives malcommodes de Bastille – avec pour cerise sur le gâteau, une vue panoramique sur le port de Wexford au dernier étage. Quant à l’après-spectacle, rendez-vous dans l’un des pubs de la ville, pour boire en toute simplicité une Guinness, à moins que vous choisissiez un single malt…

GL

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs