19 septembre 2013
Grand Palais/ Un oiseau passe

On ne sait encore si l’exposition Georges Braque au Grand Palais sera un succès. Ce qui est certain c’est que le riche collectionneur qui a prêté la toile aux deux oiseaux qui s’affiche dans tout Paris et sur tous les produits dérivés-catalogues, stylos et autres gadgets inutiles-devrait quant à lui toucher le pactole. Le visiteur pourra pour sa part découvrir dans cette très complète rétrospective le talent de celui qui se fit dévorer par l’ogre Picasso- condamné dans la postérité au rôle de l’éternel second, notamment par l’entremise de la trop puissante Gertrude Stein. Du fauvisme qu’il adopta au départ à ses derniers oiseaux à l’épure virtuose, ce fils de peintre en bâtiment fut pourtant à l’origine du cubisme avec l’idée non plus de “dire ce que l’on savait de l’objet mais ce que l’on en voyait”. Au point de supprimer quasiment la couleur -trop anecdotique- et devenir un maître dans les camaïeux comme ces merveilles de compositions créées avant la Première Guerre mondiale. Celles-ci sont venues de tous les pays pour s’accrocher sur les cimaises du Grand Palais, au total 200 toiles à vous donner le vertige.

Le noir apparaît avec la guerre

On découvre ainsi au fil des salles un peintre exigeant et sentimental comme cette petite toile représentant la baie de la Ciotat qu’il racheta en se justifiant: “je m’ennuyais d’elle”. En 1914, il exécute ses premiers papiers collés, avec du faux bois, du carton, du sable ou encore du papier journal avec l’idée que “la noblesse vient de l’émotion contenue”. Et si ses nus ne sont pas passés à juste titre dans la postérité, il est remarquable de voir ses sculptures de chevaux ou cet “hymen” réalisé à partir de galets ramassés en Normandie, là où il trouvera refuge après la Seconde Guerre. Varangeville sera jusqu’à la fin son refuge, la reconnaissance venue en 1948 avec la Biennale de Venise puis la commande du Louvre pour les plafonds du salon Henri II. Là, ses oiseaux déploieront leurs ailes à jamais, dix avant qu’il ne mette la dernière touche-un nuage blanc pour lequel il médita un mois- à son ultime toile La sarcleuse, et ne s’envole vers d’autres cieux.

AW

Georges Braque au Grand Palais jusqu’au 9 janvier- infos

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