20 avril 2019
Un Macbeth tout en noirceur à Limoges

Créée en 2012 à Bordeaux, la mise en scène que Jean-Louis Martinoty a imaginée pour le Macbeth de Verdi a déjà pas mal voyagé en France, à Nancy, maison coproductrice, mais également à Toulon, et récemment, depuis sa disparition en 2016, la saison dernière à Toulouse. C’est également Frédérique Lombart qui signe les reprises de Limoges – avant les représentations de Reims et Massy qui suivront dans la foulée, avec la même distribution.
Dessinés par Bernard Arnould, les panneaux mobiles réfléchissants se font l’écrin d’une lecture rapprochant le drame de Shakespeare de ce qu’on appelle le « Goya negro », les fresques noires et satiriques que le peintre espagnol avait réalisées, à la fin de sa vie, sur les murs de sa maison dans les environs de Madrid, la Quinta del Sordo. Les vidéos de Gilles Papain projettent d’ailleurs plusieurs reproductions de cet ensemble, entre autres une fort opportune représentation du sabbat lors de la scène des sorcières, le tout baigné dans des lumières blafardes réglées conjointement avec François Thouret, qui façonnent l’atmosphère fiévreuse et hallucinée du spectacle, laquelle est aussi celle du drame. Pour être un peu d’un monochrome à peine rompu par les costumes de Daniel Ogier, le résultat se montre fidèle à la lettre d’un texte qu’elle ne se fait pas faute d’expliciter – comme souvent chez Martinoty.

Sous le signe de Goya et de l’humain

Le plateau réuni ne manque pas de vérité dramatique. Dans le rôle-titre, André Heyboer fait preuve d’un engagement évident, qui met toujours ses moyens au service de l’expression, et de l’incarnation d’un homme assoiffé de pouvoir et d’inquiétude, sous la coupe d’une épouse dominatrice. Alex Penda assume une Lady Macbeth dont le magnétisme théâtral excède la pureté technique. Chacun de ses airs éclaire le personnage de manière singulière, quitte à prendre quelques libertés avec l’orthodoxie que Verdi lui-même n’aurait pas reprochées, lui qui ne craignait pas que la voix de la reine fût laide. Dario Russo affirme un Banco à la pâte généreuse. Des deux ténors, on préférera l’intervention vaillante et lumineuse de Kévin Amiel en Malcolm au Macduff peu naturel de Marco Cammarota. La jeune Charlotte Despeau s’acquitte efficacement des répliques de la dame d’honneur de Lady Macbeth. Sous la baguette de Robert Tuohy, l’Orchestre de l’Opéra de Limoges donne vie à la tension et aux couleurs qui innervent la partition.
Outre les choeurs, préparés par Edward Ananian-Cooper, le spectacle donne aussi une place aux enfants d’Operakids. Initié par Eve Christophe, le programme accompagne des enfants issus de quartiers défavorisés dans la pratique de l’art lyrique. Sous ce nom, l’engagement que la chanteuse et chef de choeur avait déjà développé ici à Limoges les années précédentes, et auparavant dans d’autres institutions opératiques, ne se contente plus d’ateliers de découverte d’une forme de spectacle vivant a priori inaccessible pour eux, mais les inscrit au cœur même de la saison, en les faisant participer à des grandes productions. Après Die Tote Statdt en janvier, ce Macbeth leur offre une nouvelle tribune, où ils s’illustrent dans les apparitions fantomatiques à l’heure de la divination des sorcières. D’abord réticentes, les familles ont finalement largement répondu à l’invitation de la générale, et c’est avec une excitation compréhensible que les petits limougeauds, dont certains sortiront sans doute pour la première fois de leur cadre habituel, iront à Reims pour la tournée du spectacle. Conjuguant l’humain et l’artistique, cette aventure réconcilie deux pôles souvent seulement juxtaposés, l’excellence et la pédagogie – à rebours du consumérisme ambiant.

Par Gilles Charlassier

Macbeth, de Verdi, Opéra de Limoges, avril 2019

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