24 octobre 2014
Un Enlèvement au sérail sans éclat à Garnier

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Alors ces débuts de Zabou Breitman à l’Opéra? Passés les clins d’œil cinématographiques pendant l’ouverture, façon générique de film muet – les costumes d’Arielle Chanty évoquent les expéditions britanniques des années folles – et quelques saillies humoristiques – qui ne prennent d’ailleurs pas le risque de se renouveler –, le spectacle se met vite à ronronner gentiment. Décédé il y a quelques mois, les décors de Jean-Marc Strehlé –  qui avait signé entre autres ceux, admirables, du Barbier de Séville de Coline Serreau à Bastille – ont l’allure défraîchie d’un exotisme un peu poussiéreux. Nulle inventivité côté chorégraphie signée par  Sophie Tellié, ni dans les lumières d’André Diot pour une production zéro prise de risque.

Dépense inutile  

Côté voix, c’est plutôt homogène et équilibré, sans grand éclat. Erin Morley se libère peu à peu de sa relative raideur vocale et confère à Konstanze les accents dramatiques attendus, tandis qu’Universal est venu soutenir sa nouvelle coqueluche, la Blonde au cabotinage bien trempé d’Anna Prohaska, joli babil aérien que le disque révélera sans doute davantage. En Belmonte, Bernard Richter s’emploie à montrer de belles ressources musicales, quand la légèreté du Pedrillo de Paul Schweinester frôle parfois les limites de la perception. La méchanceté de l’Osmin joué par Lars Woldt s’entend essentiellement au théâtre. Soucieux comme toujours de faire respirer les moindres détails de la partition – faisant même ici monter sur le plateau les turqueries des janissaires et le quatuor de l’air « Martern alle Arten » de Konstanze pour mieux les mettre en valeur, fût- ce avec artifice – Philippe Jordan et l’Orchestre de Paris dominent une soirée qui laisse songeur quant à légitimité d’un budget annuel de 200 millions d’euros. En d’autres circonstances, on aurait parlé de gaspillage de l’argent public…
GC
L’Enlèvement au sérail, Palais Garnier, du 16 octobre au 8 novembre 2015 et du 21 janvier au 15 février 2015

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