28 octobre 2013
Du noir, du noir

 

En ce bientôt centenaire de cette saloperie de première guerre mondiale-une boucherie qui fit rien qu’ en France 1,4 million de morts et de disparus, soit 10 % de la population active masculine, avec en plus le gaz qui fit son apparition, les commémorations vont aller bon train pour tous ces héros morts pour la patrie. Albert Maillard aurait pu être de ceux-là, énième pauvre type pulvérisé dans un trou d’obus, sauf que l’auteur Pierre Lemaitre, à la cinquantième page de son dernier livre, grand favori des prix littéraires, change d’avis. Son Albert vivra et nous entraînera dans une après-guerre aussi hideuse que la guerre elle-même. Un vrai salaud en effet que ce lieutenant Pradelle qui tire sur ses propres hommes pour s’offrir une dernière montée au front, de quoi en faire un héros. Et même s’il y a témoin,  là ne sera pas la question. Au revoir là-haut est sombre comme il faut avec cette idée que les pires ordures s’en sortent toujours-enfin presque. Face à cela, les autres s’organisent avec plus ou moins de panache. Et lorsque l’on a même renoncé à son identité, tout les coups sont permis comme pour ce fils de bonne famille, une gueule cassée qui n’hésitera pas à se payer sur la bête. Celle-ci fut en tous les cas bien immonde comme en témoigne les premières pages étourdissantes de ce gros roman -près de 600 pages- qui tranche avec talent de ce qui avait pu être écrit jusqu’alors. Après, à vous de voir si cela n’est pas trop désespérant tout comme le livre de Tristan Garcia Faber, le destructeur, brillant élève que ses amis retrouvent quinze ans plus tard réduit à l’état de clochard; entre souvenirs de lycée et destins brisés, voilà 450 pages inégales comme Toute la noirceur du monde de Pierre Nérot ou Les renards pâles de Yannick Haenel qui,  entre un homme qui se convertit au FN puis devient un tueur (les premières pages sont jubilatoires) ou un homme qui choisit de vivre dans sa voiture, ont tous un point commun: des êtres qui se mettent en marge de cette vie que d’autres acceptent de vivre sans broncher. Autant dire que l’on est loin d’Anna Gavalda ou de Katherine Pancol..
AW

Au revoir, là haut de Pierre Lemaitre publié chez Albin Michel

Faber, le destructeur de Tristan Garcia publié chez Gallimard

Toute la noirceur du monde de Pierre Nérot publié chez Flammarion

Les renards pâles de Yannick Haenel, publié chez Gallimard

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs