6 décembre 2019
Trio de femmes pour les Noces de Figaro

 

Elles sont jeunes, francophones, et, bien sûr, talentueuses. Et à l’affiche de la nouvelle production des Noces de Figaro réglé par James Gray, que le Théâtre des Champs Elysées présente en cette fin novembre et début décembre. Applaudie ici même avenue Montaigne en Violetta l’an dernier, Vannina Santoni incarnera la Comtesse, face au Chérubin d’Eléonore Pancrazi. La canadienne Florie Valiquette endossera quant à elle la robe de Barberine.

Chanter Mozart, qui plus est un des opéras les plus joués du répertoire, c’est d’abord un défi, celui de restituer la fraîcheur d’un rôle qui est parfois patiné par les traditions. Si Vannina Santoni, qui a déjà trois autres Comtesses à son actif, reconnaît la richesse que constitue l’histoire de l’interprétation, on ne peut pas faire l’économie d’un travail personnel. « J’ai cherché à contrebalancer une certaine image de maturité et lui redonner sa fraîcheur. Elle n’a que dix-huit ans dans le livret de Da Ponte ». Les modèles, les habitudes, sinon la routine, surtout quand on est au cœur d’une tournée, où l’efficacité prime, peuvent parfois prendre le pas. Eléonore Pancrazi, qui a assumé le rôle du page avec la compagnie Opéra éclaté, ne dira pas le contraire. Aussi, est-ce une chance d’avoir six semaines de répétition avec un metteur en scène qui invite à sortir des stéréotypes. « Il me demandait d’en faire moins, de rapporter mon personnage à mon expérience personnelle, pour le rendre plus proche de ce que je suis, de mon vécu. On a passé beaucoup de temps à parler ».

 

« Retrouver la fraîcheur de la musique »

On associe souvent Mozart avec des solistes en début de carrière, tant pour des questions techniques que budgétaires. Le parcours de nos trois jeunes femmes le vérifie plutôt : l’ensemble de la trilogie Da Ponte et la Flûte pour Vannina Santoni, Barberine et l’une des trois dames pour Eléonore Pancrazi, en plus de Chérubin. Pour autant, rien n’est plus délicat que l’apparente facilité mozartienne. Certes, « c’est bien écrit pour la voix, pour que le rendu soit souple », ainsi que le rappelle Vannina. « Il y a un style à respecter : l’interprétation n’est pas moins libre que dans d’autres répertoires. Ce sont d’autres codes ». Pour une mezzo, la question de la tessiture ajoute une certaine difficulté, car « les parties de mezzo sont en réalité écrites pour soprano « . C’est donc souvent sur le passage, et cela demande beaucoup de contrôle technique pour parvenir à quelque chose de fluide et naturel » confie Eléonore. Quant à Florie Valiquette, la brièveté du rôle de Barberine n’est pas forcément simple à gérer : «c’est plus compliqué de jouer un court moment, qui concentre toute la pression ».  Chacune se montre cependant unanime pour saluer le travail de Jérémie Rhorer, qui aime revenir aux sources, les a aidées à faire les réajustements pour retrouver la vérité de la musique. « C’est comme si cet opéra [Les Noces] coulait dans ses veines ». Une baguette avisée que l’on entendre avec un plateau non moins averti dans quelques jours avenue Montaigne.

 

Par Gilles Charlassier

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